Vendredi 19 Juin 2009 (Fête du Sacré-Cœur de Jésus)…3ème Partie

ZENIT : Quel est l'objectif principal de l'année sacerdotale? 

Card. Cláudio Hummes : Tout d'abord la circonstance. Cette année sera une année jubilaire pour les 150 ans de la mort de saint Jean-Marie Vianney, le saint curé d'Ars. Telle est l'occasion, mais la raison fondamentale c'est que le pape veut donner aux prêtres une importance spéciale et leur dire combien le pape les aime et veut les aider à vivre avec joie et ferveur leur vocation et mission.

C'est surtout cela qu'il veut, à un moment où l'on assiste à une vaste expansion d'une nouvelle culture. La culture qui prévaut aujourd'hui est une culture postmoderne, relativiste, urbaine, pluraliste, laïciste, dans laquelle les prêtres doivent vivre leur vocation et leur mission. 

Le défi est de comprendre comment être prêtre dans ce nouveau moment, non pas pour condamner le monde mais pour le sauver, comme l'a fait Jésus qui a dit ne pas être venu pour condamner le monde mais précisément pour le sauver.

Le prêtre doit faire cela avec son cœur, en étant ouvert, sans diaboliser la société. Il doit s'intégrer à la société, mais empreint de cette joie missionnaire de vouloir conduire les personnes à Jésus Christ.

Il faut donner l'occasion à tous de prier avec les prêtres et pour les prêtres, les inviter à prier, le faire le mieux possible dans la société actuelle et, éventuellement, susciter des initiatives afin que les prêtres vivent leur vocation et leur mission dans les meilleures conditions possibles.

Cette année est une année positive et prépositive. Il ne s'agit pas d'emblée de corriger les prêtres. Il y a des problèmes qui doivent être corrigés et l'Eglise ne peut fermer les yeux, mais nous savons que la très grande majorité des prêtres est dotée d'une grande dignité et adhère à son ministère, à sa vocation. Ils donnent leur vie pour cette vocation qu'ils ont acceptée librement.

Hélas, il y a des problèmes dont on a beaucoup entendu parler ces dernières années, qui concernent la pédophilie et d'autres graves délits sexuels, mais cela concerne peut-être que 4% du clergé. L'Eglise veut dire aux 96% des autres prêtres que nous sommes fiers d'eux et qu'ils sont des hommes de Dieu, que nous voulons les aider et reconnaître tout ce qu'ils font comme témoignage de vie.

C'est aussi un bon moment pour intensifier et approfondir la question de comment être prêtre dans ce monde qui change et que Dieu a mis devant nous pour sauver. 

ZENIT : Pourquoi le pape a-t-il pris saint Jean-Marie Vianney comme modèle pour les prêtres? 

Card. Cláudio Hummes : Parce que depuis très longtemps Jean-Marie Vianney est le saint patron des curés. Il fait partie du monde des prêtres. C'est le prêtre que nous voulons présenter, mais nous encourageons les différentes nations, conférences épiscopales et Eglises locales à choisir, quelques prêtres exemplaires dans leur région et de le présenter aux prêtres et au monde. Nous demandons de présenter des hommes et des prêtres qui soient véritablement des modèles d'inspiration, qui puissent donner et renouveler la conviction que le ministère sacerdotal est un ministère important et de grande valeur.

ZENIT : Pour vous, en tant que prêtre, quel est le plus bel aspect de cette vocation? 

Card. Cláudio Hummes : Cette question me renvoie en esprit à Saint François d'Assise qui a dit un jour : « Si je rencontrais sur! la route un prêtre et un ange, je saluerais d'abord le prêtre et puis l'ange. Pourquoi ? Parce que c'est le prêtre qui nous donne le Christ dans l'Eucharistie ». C'est le point le plus fondamentale et le plus merveilleux qui soit : le prêtre a reçu le don et la grâce de Dieu d'être le ministre de ce grand mystère de l'Eucharistie. Le sacerdoce a été institué par Jésus Christ durant la dernière Cène, quand il a dit : « Faites ceci en mémoire de moi ». Aux apôtres a été donné le commandement mais aussi le pouvoir de faire cela, de faire ce que Jésus a fait durant la dernière Cène. Et ces apôtres, à leur tour, ont transmis ce ministère et ce pouvoir divin aux hommes qui sont les évêques et les prêtres.  

Ceci est la chose la plus importante et centrale. L'Eucharistie est le centre de l'Eglise. Le pape Jean- Paul II a dit que l'Eglise vit de l'Eucharistie. Le prêtre est le ministre de ce grand sacrement et mémorial de la mort de Jésus.

Puis il y a le sacrement de la réconciliation. Jésus est venu réconcilier le monde avec Dieu et les êtres humains entre eux. Il a donné l'Esprit Saint aux apôtres en soufflant sur eux.

Il a donné aux apôtres, au nom de Dieu et en son nom propre, ce que Lui avait acquis par son sang et sa vie sur la croix, transformant la violence en un acte d'amour pour le pardon des péchés. Et il dit aux apôtres qu'ils seront les ministres de ce pardon. Ceci est fondamental pour tous. Chacun veut être pardonné de ses péchés, être en paix avec Dieu et avec les autres. Le mystère de la réconciliation est très important dans la vie du prêtre.!

Et puis il y a tant d'autres actions comme l'évangélisation, l'annonce de la personne de Jésus Christ mort et ressuscité, l'annonce de son Royaume. Le monde est en droit de savoir et de connaître Jésus Christ et tout ce que signifie son Règne. Ceci est un autre ministère spécifique du prêtre, qui le partage avec l'évêque et avec les laïcs qui annoncent la Parole et doivent conduire les personnes à faire l'expérience d'une rencontre forte et personnelle avec Jésus Christ. 

ZENIT : Quelles sont selon vous, les difficultés majeures et les nouveaux défis auxquels doivent faire face les jeunes qui pensent à la vocation? 

Card. Cláudio Hummes : Je veux répéter que nous ne devons pas diaboliser la culture actuelle qui, malgré la présence d'autres cultures dans le monde, se répand de plus en plus et devient une culture dominante.

Cette nouvelle culture ne veut plus être ni religieuse ni chrétienne. Elle veut être laïque et refuse, veut refuser, toute ingérence religieuse. Les adolescents, les jeunes, se trouvent dans cette nouvelle situation, une situation différente de celle que nous avons vécue, nous qui sommes nés dans une culture très religieuse et qui se reconnaissait chrétienne et catholique. Actuellement, il n'en est plus de même.

Je pense que pour les adolescents et pour les jeunes, il est réellement plus difficile d'avoir le courage d'accepter un appel de Dieu qui naît en eux. Répondre est aujourd'hui plus compliqué car la société ne valorise plus le sacerdoce. Mais un travail de foi et d'évangélisation peut constituer une possibilité car quand Dieu appelle, il donne toujours toutes les grâces qu'il faut pour y arriver.

La paroisse doit offrir aux jeunes et aux adolescents l'opportunité de parler de ce qu'ils sentent au plus profond de leur cœur, de parler de cet appel, car s'ils n'ont pas la possibilité d'en parler avec une personne de confiance, ils n'en parleront avec personne et peu à peu cette voix disparaîtra. C'est là qu'entre en jeu la pastorale des vocations, dont nous avons vraiment besoin aujourd'hui. 

Une paroisse bien organisée est capable d'aller vers les jeunes et les adolescents, de leur donner la possibilité de parler de cet appel qu'ils sentent en eux. Les prières pour les vocations aussi sont aujourd'hui encore plus importantes que par le passé. 

Le nombre des candidats au sacerdoce a probablement diminué aussi parce que les familles sont moins nombreuses. Elles ont peu d'enfants ou aucun, ce qui rend tout plus difficile. Dans divers pays, le nombre des prêtres a beaucoup diminué. Nous suivons cette situation avec très grande inquiétude.

ZENIT : Comment doit être, selon vous, la formation d'un séminariste aux plan spirituel, intellectuel, pastoral et liturgique? Quels sont les aspects incontournables? 

Card. Cláudio Hummes : L'Eglise parle de quatre dimensions sur lesquelles il faut travailler avec les candidats : en premier lieu la dimension humaine, affective, toute la question de la personne, sa nature, sa dignité et sa maturité affective normale. Ceci est important parce que c'est une base. Vient ensuite la dimension spirituelle. Aujourd'hui nous avons à faire à une culture qui n'est plus ni chrétienne ni religieuse, et il est d'autant plus nécessaire de développer la spiritualité des candidats.

Puis il y a la dimension intellectuelle. Il faut enseigner aux candidats la philosophie et la théologie afin qu'ils soient capables de parler et d'annoncer Jésus Christ et son message, et qu'émerge toute la richesse du dialogue entre la foi et la raison humaine. Dieu est le logos de toutes les choses et Jésus Christ est l'explication de tout. 

Et puis, bien entendu, il y a la dimension de l'apostolat, autrement dit il faut préparer les candidats à être des pasteurs dans le monde d'aujourd'hui. Dans ce contexte pastoral, l'élément missionnaire est aujourd'hui très important. C'est-à-dire que préparer les prêtres ne suffit plus, il faut aussi les stimuler fortement à ne pas se limiter à recevoir et offrir leurs services à ceux qui viennent vers eux, mais à aller d'eux-mêmes vers les personnes, à aller vers ces baptisés notamment ceux qui se sont éloignés parce qu'ils n'ont pas été suffisamment évangélisés et qui ont le droit d'être évangélisés, car nous avons promis de porter Jésus Christ, d'éduquer dans la foi.

Ceci n'a pas souvent été fait, ou bien peu. Le prêtre doit aller en mission et préparer sa communauté à aller annoncer Jésus Christ aux personnes, du moins à ceux qui sont sur le territoire de la paroisse, mais au-delà aussi. 

Aujourd'hui cette dimension missionnaire est très importante. C'est le disciple qui devient missionnaire par son adhésion enthousiaste, joyeuse, capable d'investir inconditionnellement toute sa vie en Jésus Christ. Nous devons être comme les disciples: fervents, missionnaires, joyeux. Voila la clef et le secret.

ZENIT : Quelles seront les activités particulières de cette année pour les jeunes et pour les prêtres? 

Card. Cláudio Hummes : Il y aura des initiatives dans le cadre de l'Eglise universelle, mais l'année sacerdotale doit être célébrée aussi au niveau local, dans les diocèses, dans les paroisses, car les prêtres sont les ministres du peuple et ils doivent donc impliquer les communautés. 

Les diocèses doivent entreprendre des initiatives d'approfondissement et de célébration pour porter aux prêtres le message que l'Eglise les aime, les respecte, les admire, qu'elle est fière d'eux.

Le pape ouvrira l'année sacerdotale le 19 juin, en la fête du sacré cœur de Jésus, car c'est la journée mondiale pour la sanctification des prêtres. Les vêpres seront célébrées dans la basilique Saint-Pierre et les reliques du Curé d'Ars seront exposées. Son cœur sera dans la basilique, signe de l'importance que le pape veut donner aux prêtres. Nous espérons que de très nombreux prêtres seront présents.

La clôture aura lieu un an plus tard. Il reste encore à définir la date de la grande rencontre du pape avec les prêtres, à laquelle seront invités tous les diocèses. Mais il y aura beaucoup d'autres initiatives. Nous pensons à un congrès théologique international quelques jours avant la clôture, et il y aura des exercices spirituels. Nous espérons pouvoir impliquer également les universités catholiques afin qu'elles approfondissent le sens du sacerdoce, la théologie du sacerdoce et tous les thèmes jugés importants pour les prêtres. 

ZENIT : Comment un prêtre peut-il rester fidèle à sa vocation dans un siècle aussi antireligieux? 

Card. Cláudio Hummes : L'Eglise, à travers ses séminaires et ses formateurs, doit avant tout procéder à une sélection très rigoureuse des candidats. Il faut ensuite une bonne formation au niveau humain, intellectuel, spirituel, pastoral, missionnaire. Il est fondamental de se souvenir que le prêtre est le disciple de Jésus Christ et être sûr qu'il a eu une forte rencontre personnelle et communautaire avec Jésus, qu'il adhère vraiment à Lui. Chaque Eucharistie peut être un moment fort de cette rencontre, et cela vaut aussi pour la lecture de la Parole de Dieu.

Comme disait Jean-Paul II, nombreuses sont les occasions pour témoigner de sa rencontre avec Jésus Christ. Il est fondamental d'être un missionnaire capable de renouveler l'élan sacerdotal et de se sentir joyeux et convaincu de sa mission et du fait que celle-ci a un sens fondamental pour l'Eglise et pour le monde.

Je dis toujours que l'importance du prêtre, à l'intérieur de l'Eglise, ne peut être considérée sous son seul profil religieux. Il réalise aussi un énorme travail dans la société, car ! il sème de grandes valeurs humaines : la solidarité, la charité, l'attention aux droits humains. Je crois que nous devons aider les prêtres à vivre cette vocation dans la joie, lucidement, et avec le cœur aussi, pour qu'ils soient heureux, vu que l'on peut être heureux dans le sacrifice et dans la fatigue.

Etre heureux n'est pas en contradiction avec la souffrance : Jésus sur la croix n'était pas malheureux. Il souffrait terriblement, mais il était heureux parce qu'il savait qu'il le faisait par amour et que tout avait un sens fondamental pour le salut du monde. C'était un geste de fidélité au Père. 

ZENIT : A quels autres saints pensez-vous comme modèles pour les prêtres d'aujourd'hui? 

Card. Cláudio Hummes : Bien entendu le grand idéal est toujours Jésus Christ, le bon Pasteur. Pour les apôtres, surtout saint Paul que nous célébrons cette année. Paul était une figure réellement impressionnante et qui peut être source de grande inspiration pour les prêtres, surtout dans une société qui n'est plus chrétienne. Il a passé les frontières d'Israël pour être l'apôtre des nations, l'apôtre des païens. Dans un monde en train de s'éloigner de toute manifestation religieuse, son exemple est fondamental.

Benoît XVI explique pourquoi l'Eglise est exigeante avec les séminaristes

ROME, Dimanche 7 juin 2009 (ZENIT.org) - En recevant ce samedi la communauté du Séminaire français de Rome, le pape a expliqué que l'Eglise se montre particulièrement exigeante avec les candidats au sacerdoce « parce qu'ils devront prendre soin de ceux que le Christ s'est si chèrement acquis ».

La tâche de former des prêtres est une mission délicate. La formation proposée au séminaire est exigeante, car c'est une portion du peuple de Dieu qui sera confié à la sollicitude pastorale des futurs prêtres, ce peuple que le Christ a sauvé et pour lequel il a donné sa vie. Il est bon que les séminaristes se souviennent que si l'Église se montre exigeante avec eux, c'est parce qu'ils devront prendre soin de ceux que le Christ s'est si chèrement acquis. Les aptitudes demandées aux futurs prêtres sont nombreuses : la maturité humaine, les qualités spirituelles, le zèle apostolique, la rigueur intellectuelle ... Pour atteindre ces vertus, les candidats au sacerdoce doivent pouvoir non seulement en être les témoins chez leurs formateurs, mais plus encore ils doivent pouvoir être les premiers bénéficiaires de ces qualités vécues et dispensées par ceux qui ont la charge de les faire grandir. C'est une loi de notre humanité et de notre foi que nous ne soyons capables, le plus souvent, de donner que ce que nous avons au préalable reçu de Dieu à travers les médiations ecclésiales et humaines qu'il a instituées. Qui reçoit charge de discernement et de formation doit se rappeler que l'espérance qu'il a pour les autres, est en premier lieu un devoir pour lui-même.

Ce passage de témoin coïncide avec le début de L'année du Sacerdoce. C'est une grâce pour la nouvelle équipe de prêtres formateurs réunie par la Conférence des Évêques de France. Alors qu'elle reçoit sa mission, il lui est donné, comme à toute l'Église, la possibilité de scruter plus profondément l'identité du prêtre, mystère de grâce et de miséricorde. Il me plaît ici de citer l'éminente personnalité que fut le Cardinal Suhard, disant à propos des ministres du Christ : « Eternel paradoxe du prêtre. Il porte en lui les contraires. Il concilie, au prix de sa vie, la fidélité à Dieu et la fidélité à l'homme. Il a l'air pauvre et sans force... Il n'a en mains ni les moyens politiques, ni les ressources financières, ni la force des armes, dont d'autres se servent pour conquérir la terre. Sa force à lui, c'est d'être désarmé et de ‘pouvoir tout en Celui qui le fortifie' » (Ecclesia n°141, p.21, Décembre 1960). Puissent ces paroles qui évoquent si bien la figure du saint Curé d'Ars retentir comme un appel vocationnel pour de nombreux jeunes chrétiens de France qui désirent une vie utile et féconde pour servir l'amour de Dieu.

La particularité du Séminaire français est d'être situé dans la ville de Pierre pour reprendre le vœu de Paul VI (cf. Discours aux anciens du Séminaire français, 11 septembre 1968), je souhaite qu'au cours de leur séjour à Rome, les séminaristes puissent de façon privilégiée se familiariser avec l'histoire de l'Église, découvrir l'ampleur de sa catholicité et sa vivante unité autour du successeur de Pierre et qu'ainsi soit à jamais fixé en leur cœur de pasteur l'amour de l'Église.

J’aimerais terminer cette Réflexion, par une homélie du Pape Benoît XVI sur L’Eucharistie, Sacrifice de Jésus, et  notre Union avec Jésus en devenant ce que nous recevons…en devenant Eucharistie…en devenant Cœur du Christ nous-même.

« Ceci est mon corps, ceci est mon sang ». Ces paroles que Jésus prononça au cours de la Dernière Cène, sont répétées à chaque fois que se renouvelle le Sacrifice eucharistique. Nous les avons écoutées il y a peu de temps dans l'Evangile de Marc et elles retentissent avec une puissance évocatrice particulière aujourd'hui, en la solennité du Corpus Domini. Elles nous conduisent idéalement au Cénacle, elles nous font revivre le climat spirituel de la nuit lorsque, célébrant la Pâque avec les siens, le Seigneur dans le mystère anticipa le sacrifice qui devait se consumer le lendemain sur la croix. L'institution de l'Eucharistie nous apparaît ainsi comme une anticipation et une acceptation de la part de Jésus de sa mort. Saint Ephrem de Syrie écrit à ce propos : Au cours de la Cène, Jésus s'immola ; sur la croix, Il fut immolé par les autres (cf.Hymne sur la crucifixion, 3, 1).

« Ceci est mon sang ». Ici la référence au langage sacrificiel d'Israël est claire. Jésus se présente comme le sacrifice véritable et définitif, dans lequel se réalise l'expiation des péchés qui, dans les rites de l'Ancien Testament, n'avait jamais été totalement accomplie. A cette expression s'en ajoutent deux autres très significatives. Tout d'abord, Jésus-Christ dit que son sang « est versé pour la multitude » avec une référence compréhensible aux chants du Serviteur, qui se trouvent dans le livre d'Isaïe (cf. chap. 53). Avec l'ajout  - « sang de l'alliance » -, Jésus manifeste en outre que, grâce à sa mort, se réalise la prophétie de la nouvelle alliance fondée sur la fidélité et sur l'amour infini du Fils fait homme, une alliance donc plus forte que tous les péchés de l'humanité. L'antique alliance avait été établie sur le Sinaï à travers un rite sacrificiel d'animaux, comme nous l'avons écouté dans la première lecture, et le peuple élu, libéré de l'esclavage d'Egypte, avait promis d'accomplir tous les commandements donnés par le Seigneur (cf. Ex 24, 3).

En vérité, dès le début, Israël, en construisant le veau d'or, se montra incapable de rester fidèle au pacte divin, qu'elle transgressa même très souvent par la suite, adaptant à son cœur de pierre la Loi qui aurait dû lui enseigner le chemin de la vie. Mais le Seigneur ne manqua pas à sa promesse et, à travers les prophètes, se préoccupa de rappeler la dimension intérieure de l'alliance, et annonça qu'il en aurait écrit une nouvelle dans le cœur de ses fidèles (cf. Jr 31, 33), les transformant par le don de l'Esprit (cf. Ez 36, 25-27). Et ce fut au cours de la Dernière Cène qu'il établit avec les disciples et avec l'humanité cette nouvelle alliance, la confirmant non pas à travers des sacrifices d'animaux, comme cela avait eu lieu par le passé, mais par son sang, devenu « sang de la nouvelle alliance ». Il la fonda donc sur son obéissance, plus forte, comme je l'ai dit, que tous nos péchés.

Cela est bien mis en évidence dans la lecture, tirée de la Lettre aux Hébreux, dans laquelle l'auteur sacré déclare que Jésus est « médiateur d'une nouvelle alliance » (9, 15). Il l'est devenu grâce à son sang, ou, plus exactement, grâce au don de lui-même, qui donne sa pleine valeur à l'effusion de son sang. Sur la croix, Jésus est dans le même temps victime et prêtre: victime digne de Dieu car sans tache, et prêtre suprême qui s'offre lui-même, sous l'impulsion de l'Esprit Saint, et intercède pour toute l'humanité. La Croix est donc le mystère d'amour et de salut qui nous purifie - comme le dit la Lettre aux Hébreux - des «œuvres mortes», c'est-à-dire des péchés, et elle nous sanctifie en gravant l'alliance nouvelle dans notre cœur; l'Eucharistie, en rendant présent le sacrifice de la Croix, nous rend capables de vivre fidèlement la communion avec Dieu.

Je m'adresse en particulier à vous, chers prêtres, que le Christ a choisis afin qu'avec Lui, vous puissiez vivre votre vie comme sacrifice de louange pour le salut du monde. Ce n'est que de l'union avec Jésus que vous pouvez tirer la fécondité spirituelle qui engendre l'espérance dans votre ministère pastoral. Saint Léon le grand rappelle que « notre participation au corps et au sang du Christ ne tend à rien d'autre qu'à devenir ce que nous recevons » (Sermo12, Depassione3, 7, PL 54). Si cela est vrai pour tout chrétien, cela l'est à plus forte raison pour nous, prêtres. Devenir Eucharistie! Que cela soit précisément notre désir et notre engagement constant, afin qu'au don du corps et du sang du Seigneur que nous faisons sur l'autel, s'accompagne le sacrifice de notre existence. Chaque jour, nous puisons du Corps et du Sang du Seigneur l'amour libre et pur qui fait de nous de dignes ministres du Christ et des témoins de sa joie. C'est ce que les fidèles attendent du prêtre: c'est-à-dire l'exemple d'une authentique dévotion pour l'Eucharistie; ils aiment le voir passer de longs moments de silence et d'adoration devant Jésus comme le faisait le saint curé d'Ars, que nous rappellerons de façon particulière lors de l'Année sacerdotale, désormais imminente.

Saint Jean Marie Vianney aimait dire à ses paroissiens: « Venez à la communion... Il est vrai que vous n'en êtes pas dignes, mais vous en avez besoin » (Bernard Nodet; le curé d'Ars. Sa pensée - Son cœur, éd. Xavier Mappus, Paris 1995, p. 119). Avec la conscience d'être inadéquats à cause des péchés, mais ayant besoin de nous nourrir de l'amour que le Seigneur nous offre dans le sacrement eucharistique, nous renouvelons ce soir notre foi dans la présence réelle du Christ dans l'Eucharistie. Il ne faut pas considérer cette foi comme acquise! Aujourd'hui, il existe le risque d'une sécularisation latente également au sein de l'Eglise, qui peut se traduire en un culte eucharistique formel et vide, dans des célébrations privées de la participation du cœur qui s'exprime dans la vénération et le respect de la liturgie. La tentation est toujours forte de réduire la prière à des moments superficiels et hâtifs, en se laissant submerger par les activités et par les préoccupations terrestres. Lorsque, dans peu de temps, nous répéterons le Notre Père, notre prière par excellence, nous dirons: « Donne-nous aujourd'hui notre pain quotidien », en pensant naturellement au pain de chaque jour pour nous et pour tous les hommes. Mais cette demande contient également quelque chose de plus profond. Le terme grec epioúsios, que nous traduisons par « quotidien », pourrait également faire référence au pain « supra-substantiel », au pain « du monde à venir ». Certains Pères ont vu ici une référence à l'Eucharistie, le pain de la vie éternelle, du nouveau monde, qui nous est déjà donné aujourd'hui dans la Sainte Messe, afin que dès à présent, le monde futur commence avec nous. Avec l'Eucharistie donc, le ciel descend sur terre, le demain de Dieu se fond avec le présent et le temps est comme embrassé par l'éternité divine.

Chers frères et sœurs, comme chaque année, au terme de la Messe, se déroulera la traditionnelle procession eucharistique et nous élèverons, à travers nos prières et nos chants, une imploration commune au Seigneur présent dans l'hostie consacrée. Nous lui dirons au nom de toute la Ville: reste avec nous Jésus, fais-nous don de ta personne et donne-nous le pain qui nous nourrit pour la vie éternelle ! Libère ce monde du poison du mal, de la violence et de la haine qui empoisonne les consciences, purifie-le par la puissance de ton amour miséricordieux. Et toi, Marie, qui as été femme « eucharistique » toute ta vie durant, aide-nous à marcher unis vers l'objectif céleste, nourris par le Corps et par le Sang du Christ, pain de vie éternelle et médecine de l'immortalité divine. Amen !

En invoquant sur vous tous d'abondantes grâces du Seigneur par l'intercession de la Bienheureuse Vierge Marie, de sainte Claire et du Bienheureux Pie IX, je vous accorde à tous de grand cœur ainsi qu'à vos familles, aux Anciens qui n'ont pu venir et au personnel laïc du Séminaire, la Bénédiction apostolique.

EN UNION DE CŒUR, D’AMOUR FRATERNEL ET DE PRIERES.

                                        PIERRE

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