Mercredi 18 Novembre 2009 (Dédicace des Basiliques de St Pierre et St Paul)…4ème Partie.

Je sentais que je regardais les choses et les personnes avec les yeux du Christ, car ma personnalité était absorbée dans la sienne et je voyais, je parlais, j’agissais à travers Lui.

Combien de fois n’ais-je pas senti que mes paroles de pauvre créature que je suis se transformaient sur le seuil de mes lèvres en d’autres mots que, à cause de La Charité qui les constituait, je ne pouvais plus m’attribuer, mais que je devais attribuer à Lui, à Jésus !!!

Combien de fois mon regard, que certaines contrariétés transformaient, je le sentais, en quelque chose de semblable au regard…d’un faucon, perdaient leur instinctive agressivité en une Lumière d’Amour qui ne m’appartenait pas, mais qui venait de Lui, de Jésus !!!

Combien de fois l’un de mes gestes, qui n’était pas précisément très conforme à la Loi de La Charité, ne se transformait-il pas mystérieusement en un acte de Bienfaisance dont l’origine ne pouvait certes pas résider en moi, pauvre âme si mesquine, mais en Lui, Jésus, qui résidait en moi !!!

Le moyen d’éprouver la Vie de Jésus en moi ne me manquait pas…A la maison je devais à chaque minute invoquer mon Roi : « Que ce soit Toi qui agisses. Brise-moi comme l’on brise une vitre afin d’anéantir ma personnalité qui souffre de tant d’injustices, remodèle-moi en Toi, selon la façon que Tu aurais d’agir Toi-même en cet instant !!! ».

La Petite Fleur (Sainte Thérèse) m’avait enseigné que Dieu peut être Aimé avec des  pétales de rose : Par de petits sacrifices accomplis par Amour.

Moi, par Amour, je priais Jésus de me donner la force d’accomplir ces gestes à tout moment afin de L’Aimer ainsi…Quant à Lui, voyant que je ne valais pas un sou, Il me remplaçait.

Ah ! Si les âmes pouvaient comprendre combien il est utile pour elles de s’abandonner à l’action Divine !!!

Les palpitations de mon cœur ne diminuaient pas avec les années. Elles étaient toujours aussi importantes et douloureuses. Les douleurs vertébrales également.

Et malgré tout cela, je travaillais énormément, même trop au dire des médecins. Mais le fait de faire plaisir à maman, et dans l’espoir (vain) d’obtenir sa bienveillance, je m’activais, et je travaillais comme un robot.

Ménage de la maison, courses à faire, cuisine, blanchissement des murs, élevage des pigeons (parce que l’été nous avions des hôtes payants, que nous prenions comme pensionnaires)… tout cela reposait sur mes épaules.

A cela il fallait ajouter les tâches domestiques : confection d’habits, de tricots, de lingerie…je confectionnais même les vestes de papa pour l’été…

Mais cela faisait trop. Le spécialiste de Florence (ville en Italie) avait insisté auprès de maman et de moi-même our que je ne sois pas laissée dans une inactivité totale, mais aussi que j’évite absolument le risque de la fatigue physique, en sorte d’éviter un ébranlement cardiaque.

Mais qui donc avait le temps d’y penser ??? Moi, qui n’étais pas peureuse de nature, je surmontais en riant les douleurs cardiaques et celles de mes vertèbres abîmées. Un peu de strophantine et quelques pansements me soulageaient et je n’y pensais plus !!!

Mais maman qui me voyait un bon teint, bien en chair et toujours en mouvement, ne pensait même pas incidemment que tout cela pouvait me nuire.

Au contraire elle était exigeante, toujours plus exigeante, avec une énergie croissante.

S’il m’arrivait parfois de dire que j’avais un peu plus mal que d’habitude au cœur ou à la colonne vertébrale, elle se mettait à réciter un véritable répertoire des douleurs (imaginaires) qui l’affligeaient…et me voilà servie.

Savez-vous qu’elle m’a tourmentée pendant trois ans, à propos d’hémorragies pour une tumeur interne dont elle prétendait souffrir ???

Elle voulait toujours que je lui fasse de grands cataplasmes d’orties sur le bas ventre, parce que je ne sais où elle avait lu, ou qui lui avait dit, que c’était l’idéal contre les néoplasmes !!! Si seulement c’était vrai !!!

Il y aurait à écrire tout un poème à propos des orties !!!

J’allais donc chaque jour me piquer les mains et les bras pour cueillir des orties, que je préparais (encore des piqûres en perspectives) et, le soir, lorsqu’elle se décidait à aller au lit, je confectionnais ce cataplasme nauséabond et je le lui montais dans sa chambre.

Moralité :

A minuit j’étais encore debout, morte de fatigue, tandis qu’à 6 heures pendant l’hiver et à 5 heures pendant l’été, je devais me lever.

Il s’avéra ensuite que la soi-disante tumeur n’était rien d’autre qu’un fastidieux inconvénient, absolument anodin, dont souffrent les ¾ de l’humanité.

Et d’ailleurs, maman en guérit tout à fait lorsqu’elle abandonna le traitement ( ?) des orties et se décida d’appliquer une pommade, bonne pour ce genre de varices !!!

Mais que de larmes n’ai-je versées dans la crainte de perdre ma mère !!! Et que de fatigue pour courir sous les pinèdes et dans les champs à la recherche des orties !!!

Cela fut l’un des maux dont elle était affligée. Mais à l’entendre, elle les avait tous, à l’exception de la lèpre et de la tuberculose. Comme vous le voyez, malgré tous ses maux, elle se porte toujours bien !!!

Vous pouvez aisément croire que l’on ne m’économisait guère les forces à l’époque. J’étais par conséquent très loin de me tenir à l’écart de la fatigue !!!

Il faut dire que je connaissais la superfatigue et même pire !!!

Si bien que dans la soirée, je commençais à marcher toute courbée et petit peu pliée sur ma droite.

J’étais coupée en deux…mais personne ne s’en préoccupait !!!

Je me disais tout le temps : « Les hommes qui sont toujours prêts à se montrer courtois à l’égard des puissants dans l’espoir d’en retirer quelques avantages, ne se préoccupent pas de se montrer courtois à l’égard du Bon Jésus ». Je ferais donc cela à leur place.

Faire plaisir à Jésus, voilà ce que doit être ma tâche !!!

Or on peut faire plaisir à Jésus de bien des manières.

Cela va d’un mot que l’on se retient de dire à la patience d’encaisser des offenses sans réagir.

Cela va de la prière au Pardon, et d’un service rendu au Prochain en toutes ses nécessités corporelles et spirituelles jusqu’à l’holocauste secret dans lequel nous offrons notre vie-même par Amour.

Et moi, je faisais tout cela simplement par Amour.

Lorsque l’on est rempli d’Amour jusqu’à ras bord et qu’un Amour sans cesse renouvelé descend en nous du Ciel et rejaillit dans notre cœur, il déborde par force. Tout barrage éclate lorsque la force des eaux atteint son maximum.

Or la force de L’Amour qui croît démesurément est quelque chose d’irrésistible. Il faut lui trouver une voie de dégagement sinon l’on est condamné à mourir étouffé.

Pour ma part, j’essayais de me débrouiller comme je pouvais pour alléger la masse qui pressait les parois de mon cœur, me faisant subir un authentique martyr d’Amour.

Mais le peu que je pouvais faire ne me suffisait pas.

Ruysbroeck a tout à fait raison de dire :

L’âme qui s’est trouvée en présence du Christ sent la douceur et de cette douceur, naît une chaste jouissance qui consiste dans l’étreinte de L’Amour Divin.

Prenez toutes les voluptés de la terre et faites-en une seule volupté…et jetez-la toute entière sur un seul homme.

Tout cela ne sera rien à côté de La joie dont je parle, car ici c’est Jésus qui se déverse Lui-même au fond de nous, avec toute Sa Pureté, aussi notre âme n’est-elle pas seulement pleine, mais elle déborde de toute part.

Une telle Joie arrache à l’homme la maîtrise de son Bonheur. Une telle Joie produit l’ivresse spirituelle…Je parle d’ivresse spirituelle lorsque le Bonheur déborde toutes les possibilités que le désir pouvait espérer.

Parfois la surabondance de Joie oblige à chanter, ou bien à pleurer. Parfois, pour échapper à cette étreinte insoutenable, on se met à sauter, ou bien à crier, ou encore on s’abandonne au silence profond des délices ardents et muets.

Mais dans les délices ardents et muets on résiste peu avec notre humanité. L’ardeur grandit dans le silence et nous terrasse. Je le sais.

Au printemps 1927, Dieu m’accorda un jeu d’ailes de grandes dimensions. Ce devait être des ailes d’Archange !!!

Combien d’espaces n’ai-je parcourus ce matin du dimanche des Rameaux 1927 !!!

Le 5 Janvier 1927, un jeune officier de marine se trouvait en permission auprès de sa mère et de son père, qui était général de Division.

Pendant la nuit il fut pris d’un mal inexplicable, qui s’est ensuite avéré être une septicémie au dernier stade.

Le général qui était l’un de nos amis, courut chez nous le 6 Janvier, me priant de venir chez lui, car là-bas tout le monde était en train de perdre la tête.

Je m’y rendis et j’y restais jusqu’au 8 Avril 1927. J’ai affronté le danger d’infection que tous redoutaient. Beaucoup allaient voir mes parents pour leur dire : « Dites à votre fille de s’en aller. Ce jeune est tuberculeux !!! ». Mais comment mes parents auraient-ils pu refuser à des amis désolés ce service ???

Et pourquoi donc, moi qui avais soigné tant de malades (Maria Valtorta avait été infirmière dans les hôpitaux de guerre auprès des blessés rapatriés du front suite à leurs blessures) aurais-je dû refuser d’assister celui-ci ???

Voilà pourquoi pendant trois mois j’ai disputé ce jeune homme à la mort, sans mesurer ma fatigue, ni tenir compte de ma répugnance.

J’étais à son chevet de 7 heures du matin jusqu’à 22 heures du soir et au-delà, et, les nuits où il se débattait entre le vie et la mort, je veillais même de nuit.

Je rentrais à la maison, morte de fatigue, et je me mettais encore à faire quelques travaux domestiques pour soulager maman.

Enfin le jeune homme commença à aller mieux. Les différents médecins qui avaient été consultés affirmèrent que plus de 50% de la guérison était dû à mon dévouement, car non seulement j’avais su l’assister comme il se doit, mais en plus j’avais sû doser ses médicaments avec discernement.

Vous ne pourrez croire à la Joie que je ressentis ce jour-là, lorsque j’ai pu lever mon malade pour la première fois !!!

Les parents étaient aux anges et ne cessaient de dire : « Comment pourrons-nous vous remercier ??? ».

Mais le remerciement, je l’avais déjà reçu de Dieu, car j’avais assisté ce jeune homme avec l’intention de l’aider à mourir chrétiennement, s’il devait mourir, ou de le convertir à Dieu, si Dieu le guérissait. Et il me semblait que j’y étais parvenue…

En récompense, donc, je ne voulais rien. J’avais cependant beaucoup admiré un chapelet que le jeune homme avait acheté dans le couvent du jardin des Oliviers à Jérusalem.

Malheureusement, le soir du 8 Avril 1927, le médecin eut un mot malheureux : « Maintenant, chers amis, vous voudrez certainement faire un beau cadeau à la demoiselle !!! Non seulement elle a très bien soigné le jeune homme, mais en plus elle vous a fait économiser une belle somme d’argent. Si vous aviez dû payer une infirmière, 3000 lires n’auraient pas suffi ».

Le médecin aurait mieux fait de ne pas parler de cela, mais si lui a fait cette intervention, je n’y suis pour rien.

Je répondis : « Oh ! S’il vous plaît !!! J’ai eu le plaisir de sauver une vie. Cela me suffit. A la rigueur le lieutenant me procurera un chapelet comme celui de Mme…Cela je l’accepte volontiers ».

Le matin suivant, je me rendis comme d’habitude chez le Général pour aider mon petit malade, qui était encore très faible, à se lever.

Je venais d’acheter des rameaux d’olivier bénis et je les leur apportais à eux aussi qui, après avoir tant reçu de Dieu, ne montraient pas de gratitude à Son égard. J’espérais, par cette branche de rameaux, leur rappeler l’approche de La Fête de Pâques…

J’entrais. Je vis d’abord la dame. Je la saluais en lui offrant ma branche d’olivier. Elle me tourna le dos sans me répondre.

J’entrais dans la chambre du malade. Il s’était déjà levé et se trouvait assis dans un fauteuil entouré de son père et de son frère. Ils paraissaient tous très embarassés…

« Déjà debout ??? C’est très bien !!! » fis-je. Un petit sourire fut la seule réponse que j’obtins.

Je me dirigeais vers la cuisine pour voir si Madame avait besoin de quelque chose. Je tenais encore à la main mon rameau béni.

Je fus attaquée par une vague de reproches. Mon pauvre morceau d’olivier fut jeté à la poubelle et il s’en fallut de peu que je ne subisse le même sort.

On m’accusait de vouloir m’imposer dans cette maison, voir de vouloir y prendre racines, et d’avoir fait des insinuations auprès du médecin pour avancer des prétentions qui, si elles avaient été déclarées clairement dès le début, auraient été refusées.

Enfin on me dit que j’étais trop vieille par rapport au jeune homme pour pouvoir envisager d’en faire la conquête ( ?).

Il n’y avait rien de vrai dans tout ça. Je m’étais rendue chez eux sur leur insistance. Je n’avançais aucune prétention et encore moins celle de vouloir faire la conquête du garçon… Car j’appartenais à Dieu, et pour toujours.

J’eus fort envie de répondre du tac au tac à cette femme ingrate et mal élevée.

Mais il me semblait que Jésus me demandait de sacrifier mon amour propre ce jour-là justement, qui Célébrait le début de Sa Passion…

Je sortis de la cuisine sans dire un mot. Si j’avais ouvert la bouche, j’en aurai trop dit. Alors j’ai préféré me taire…

Ce n’est pas de la lâcheté que de se taire dans certains cas, c’est au contraire de l’héroïsme.

Je revins dans la chambre du malade et comme si de rien n’était, je refis son lit et remis tout en place.

Pendant ce temps je me calmais. Puis je dis au Général qu’il était bon désormais que j’arrête de venir chez eux.

Il se mit à bégayer (c’est la juste définition) quelques maigres excuses qui me confirmèrent dans l’appréciation à porter sur l’incident auquel je venais d’assister et dont la cause n’était autre que la crainte de devoir me rémunérer de quelque manière.

Vraiment ils me connaissaient mal, et ils connaissaient mal mon père et ma mère !!!

La dame revint après avoir fait les courses. Je la saluais et, dominant mon moi qui se rebellait, je lui fis mes excuses pour ce que je n’avais pas commis.

Je vous avoue que j’étais en sueur…moi qui avais toujours bien agi, dès mon enfance, pour n’avoir pas à demander Pardon, voilà que je m’humiliais de la sorte, sans avoir rien commis de mal, et même simplement pour avoir fait du bien !!!

Mais c’était le Dimanche des Rameaux…Quelle préparation meilleurs aurais-je pu faire désormais à la veille de Pâques ???

Je rentrais à la maison sans dire autre chose que maintenant le malade allait mieux et pouvait se débrouiller tout seul.

Je ne dis rien d’autre pour ne point déclencher la fureur de ma mère qui aurait manqué de respect au Général et à sa femme.

Je pensais que si ces deux-là avaient pu se repentir de leur façon mesquine d’agir ils pouvaient encore se rattraper, et qu’il valait donc mieux que je me taise…

Extérieurement cela s’arrêta là. Mais pas intérieurement. Mon Sauveur me récompensa Divinement d’avoir su être douce et humble à Son image et par Amour pour Lui.

Je Lui avais offert mon humiliation comme un suaire pour Son Visage qui allait endurer la sueur de la mort.

Et Lui, de ce suaire, Il en fit une voile qui m’emporta loin de là, dans la grande mer de Sa Miséricorde, à la rencontre du soleil de Son Essence Divine.

Ce fut un véritable plongeon dans L’Amour dans lequel le peu de comportement humain qui me restait disparut entièrement.

Depuis lors, j’ai toujours vécu entièrement tendue vers le surnaturel et ne posant par terre que la pointe des pieds, comme certaines Victoires ailées qui apparaissent déjà lancées en plein vol.

Après ce Sacrifice, je fus assaillie par une authentique fringale d’Immolation.

Immolation de l’amour propre, des sentiments plus chers, des pénitences corporelles, de petits et grands Sacrifices matériels.

Tout devenait un moyen pour m’immoler et moi je le cherchais et je le pratiquais.

Et un véritable Fleuve de Paix m’inondait. Comme il était agréable de se laisser porter par ce Fleuve !!!

J’ai dit que le Fleuve m’inondait. Non, ce n’est pas vrai. Il me transportait sur ses flots de confidence, de Paix, d’Amour.

Et moi je m’abandonnais comme un fétu de paille à Sa Volonté qui me portait et qui me suggérait d’heure en heure ce que je devais faire.

C’était comme si Le Divin Maître me tenait Le Calice contre mes lèvres et me Priait de le boire par Amour pour Lui.

Et moi, je buvais, malgré le goût très amer qu’il avait et qui était de plus en plus amer au niveau des lèvres, mais d’une amertume qui se transformait ensuite, dans le cœur, en un miel très doux.

Durant l’été 1928, j’avais eu une grosse angine que j’avais passée debout avec 40° de fièvre et même plus, mais nous avions du monde à la maison. Ce fut un mois de souffrance qui m’avait beaucoup affaiblie.

Durant l’hiver très rude qui suivit, j’eus une mauvaise grippe avec de la toux et beaucoup de température puis, à peine guérie, je m’étais fracturée une côte, sous la pression de la foule qui m’avait bousculée contre une barre de fer du Service des Impôts. J’avais même craché du sang.

Peut-être que la côte avait altéré la plèvre. Mais comme d’habitude, personne ne s’en était préoccupé. Moi cependant je sentais que le cœur était plus lourd dans la poitrine, plus gros, plus malade que d’habitude…j’eus un léger malaise. Il fut surtout très bref, plutôt que léger, car il dura que quelques instants, mais je crus mourir.

Le tout se termina par un saignement du nez.

Une amie chez qui j’étais, en me voyant si affaiblie et souffrante, voulait me garder encore quelques jours, car j’avais été très malade bien plus d’une nuit, à cause de la douleur vertébrale, qui me donnait même des vomissements et des crampes abdominales.

Mais un télégramme péremptoire de ma mère m’obligea à rentrer à la maison, malgré mon état.

Durant l’été, cette année-là, ce fut très dur de m’occuper des estivants. A l’Automne je marchais même toute recroquevillée sur le flanc droit...

La plupart des gens, préoccupés qu’ils sont par tant de choses du moment, croient que Sacrifice et Souffrance, quelle que soit la forme qu’ils prennent, sont toujours des choses pénibles à assumer pour une âme généreuse, à plus forte raison pour leurs âmes craintives, pour ne pas dire mesquines.

Comme ils se trompent !!!

Pour une âme généreuse, le Sacrifice n’est plus un effort et la Souffrance n’est plus un tourment. Car une âme généreuse vit dans un climat et sous un éclairage particuliers, qui donnent au Sacrifice et à la Souffrance un aspect qu’ils n’ont pas aux yeux des mauviettes.

Tout ce qui est perd de sa valeur humaine auprès d’une âme-victime et tout acquiert du poids surhumain.

Santé ou maladie, réussite ou échec d’un travail particulier, joie et souffrance lui sont indifférents du point de vue humain et ne lui sont agréables que si elle peut obtenir par là un bien surnaturel.

Et même, une seule chose préoccupe une âme généreuse : Elle a peur de ne point souffrir.

C’est là que réside le renversement des valeurs.

Pour un homme commun, la peur de la souffrance, seulement la peur, est déjà une source de terreur.

Pour une âme généreuse la peur de ne point souffrir assez est cause de préoccupations et d’instantes supplications afin que Dieu lui concède La Joie de souffrir.

Toute sa tâche ici-bas se résume dans son désir de ne point faire ce qui est agréable à elle, mais à Dieu.

Et si pour atteindre cela il est nécessaire de souffrir, bénie soit donc la souffrance !!!

De cela il s’ensuit qu’une âme généreuse est tout à fait incapable de souffrir de la façon amère dont souffrent ceux qui ne sont pas généreux.

La souffrance demeure, parce que cela est inévitable, mais elle ne se présente plus comme un ennemi : elle est une amie qui nous aide à monter de plus en plus haut.

La seule pensée que cette souffrance, que beaucoup abhorrent, nous rend semblables au Christ, et fait de nous des continuateurs de Son Œuvre, nous donne une soif insatiable de souffrances toujours nouvelles et plus profondes.

Et de réfléchir qu’il advient à nous, pauvres caduques créatures humaines, incitées à la faute, que L’Infinie Miséricorde nous concède l’honneur de devenir semblables à Lui dans L’œuvre Rédemptrice, nous concède de mélanger dans Le Calice notre sang à Son Sang Divin, nous entraîne vers des hauteurs vertigineuses d’Amour et de Gratitude.

Notre seule crainte ce n’est pas tant que Le Calice de Souffrance soit porté à nos lèvres par La main de Dieu, mais qu’Il soit enlevé de nos lèvres qui ne veulent plus connaître un autre goût que celui-là même qui fut goûté pour la première fois par Le Rédempteur.

Une âme généreuse a tellement anéanti sa propre volonté qu’elle ne se préoccupe plus de chercher d’elle-même ne la souffrance et ni la joie.

Car elle s’est jetée, pieds et mains liés, entre les mains de Son doux Sacrificateur et elle Le supplie seulement de ne point l’épargner.

Toute nouvelle blessure est à ses yeux une gemme incomparable et si les larmes coulent, parce que la souffrance nous étreint et que la chair gémit, à ces larmes humaines s’unissent d’autres pleurs, des pleurs de Joie à cause de La Grâce que Dieu nous accorde de pouvoir Souffrir.

Le premier supplice qu’opère Le Sacrificateur est celui de L’Amour. D’un Amour tellement exclusif, tellement Puissant, qu’Il suffit à Lui-même pour Consumer notre vie.

Le second supplice est celui de La Souffrance, d’une souffrance tellement protéiforme que sans l’aide de Dieu, elle tuerait n’importe quelle créature humaine.

Le troisième supplice, qui est Le Supplice le plus terrible, car cela nous fait craindre que Dieu ne nous trouve plus dignes de Souffrir avec Lui, pour Lui et pour les âmes.

Cela fait des années que je vis de la sorte et que j’ai trouvé La Paix de l’âme en cette vie.

Etre une âme « victime » cela signifie être une âme pénitente comme Marie-Magdeleine, ou bien comme Agnès (parce que La Souffrance Purifie), et Confiante comme La Petite Thérèse.

Etre une âme « victime » cela signifie être entre les mains de Jésus comme un instrument qui ne se plaint pas d’être utilisé.

Etre une âme « victime » cela signifie que l’on a compris quelle est La Voie la plus sûre qui conduit à La Vie Eternelle.

Voilà quelle est la certitude qui adoucit toutes les peines…même celles de se voir repoussée par tout le monde…repoussée à la maison, repoussée hors de la maison, repoussée par les Prêtres comme par les laïques…

On aurait dit que tout le monde s’était donné le mot à ce sujet.

Mais il me restait Jésus, c’est pourquoi…   

 

POUR LIRE LA SUITE, ALLER DANS LA CINQUIEME PARTIE.

 

 

 

 

 

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