Saint Antoine le Grand, Ermite en Égypte (251-356). Fête le 17 Janvier.

Mercredi 17 Janvier 2018 : Fête de Saint Antoine le Grand, Ermite en Égypte (251-356).

Statue de saint antoine et son cochonStatue polychrome de Saint Antoine et son cochon, collégiale d'Uzeste en Gironde.
Photo de Xabi Rome-Hérault.
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De nombreuses représentations du Saint nous le montrent accompagné d'un cochon portant une clochette.
Il est ainsi parfois appelé en Italie Antonio del porco ou Saint Antoine des Cochons dans la vallée de la Bruche en Alsace.
Selon Émile Mâle qui signale que cette tradition date de la fin du XIVe siècle, le cochon n'a rien à voir avec la vie du Saint mais avec un Ordre Religieux fondé en Dauphiné en 1095 (les Antonins) : les porcs n'avaient pas le droit d'errer librement dans les rues, à l'exception de ceux des Antonins, reconnaissables à leur clochette.

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  Saint Antoine
Abbé, Premier Père des Solitaires d'Égypte
(251-356)

Antoine naquit à Côme, dans la Haute-Égypte. Si la gloire de l'Ermite Paul est d'avoir donné le premier exemple connu de la vie cachée au désert, celle d'Antoine est d'avoir réuni des peuples de solitaires sous les règles d'une vie commune. Antoine avait reçu de ses parents une éducation profondément Chrétienne.

Peu de temps après leur mort, étant âgé de dix-huit ans, il entendit lire, à l'église, ces paroles de l'Évangile :
« Si vous voulez être parfait, allez, vendez tout ce que vous avez et donnez-en le prix aux pauvres. »
Il prend aussitôt cette parole pour lui, et voulant l'accomplir à la lettre, il se retire dans le désert, où il partage son temps entre la prière et le travail; il fait son unique repas après le coucher du soleil, d'un peu de pain, de sel et d'eau, et garde parfois l'abstinence jusqu'à quatre jours entiers ; le peu de sommeil qu'il se permet, il le prend sur une simple natte de jonc ou sur la terre nue.

À deux reprises, il s'enfonce plus avant dans le désert et s'abîme de plus en plus dans la Pénitence et la Prière.
La persécution le fait retourner dans le monde : « Allons, dit-il, voir les triomphes de nos frères qui combattent pour la cause de Dieu ; allons combattre avec eux. » On le voyait soulager les confesseurs de Jésus-Christ dans les cachots, les accompagner devant les juges et les exhorter à la constance.
Son courage étonnait les juges et les bourreaux ; il alla cent fois au-devant du martyre ; mais Dieu lui réservait une autre couronne.

La persécution ayant cessé, il retourna au désert, fonda des monastères et devint le père d'une multitude de religieux.
Le travail des mains, le chant des cantiques, la lecture des Saints Livres, la prière, les jeûnes et les veilles étaient leur vie.
Le désert, habité par des anges, florissait de toutes les vertus, et Antoine était l'âme de ce grand mouvement cénobitique.
Il mourut à l'âge de cent cinq ans. Sa joie en quittant cette terre, fut si grande, qu'il semblait voir le ciel ouvert devant ses yeux, et les esprits Célestes prêts à lui faire escorte.

St Antoine est particulièrement célèbre par ses combats contre les démons. Des légions infernales le frappaient et le laissaient demi-mort ; les malins esprits prenaient pour l'épouvanter les formes les plus horribles ; mais il se moquait de leurs efforts.
Après les avoir chassés par le signe de la Croix : « Où étiez-vous donc, Seigneur ? » s'écriait-il ; et Dieu lui répondait : « Antoine, j'étais avec toi et je me réjouissais de ta victoire. »

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http://nominis.cef.fr/contenus/saint/446/Saint-Antoine-le-Grand.html.

Saint Antoine le Grand

Ermite en Égypte (+ 356)

C'était un jeune homme riche, propriétaire terrien en Haute-Égypte.
Mais la question de son salut le tourmentait. Préoccupé par ce qu'il avait lu dans les Actes des Apôtres qui décrivent la première communauté chrétienne où tout était en commun, il entre dans une église.
Et c'est là qu'il entend l'Évangile du jeune homme riche. Il est saisi par la coïncidence: ce texte s'adresse à lui, pense-t-il, et aujourd'hui même.
Il distribue sa fortune aux plus pauvres et se retire quelque temps après dans le désert de Nitrie, habitant un fort militaire abandonné.

Là, pendant plus de vingt ans, il subira les attaques du démon qui prend l'apparence de bêtes féroces ou sensuelles. Ce sont les célèbres tentations de saint Antoine.
Des disciples viennent le rejoindre et, pour eux, il organise une vie monastique en même temps qu'érémitique.
C'est pourquoi il est considéré comme "le père des moines".
Attentif à la vie contemporaine de l'Église, il se rend à Alexandrie pour soutenir les controverses contre les païens et les hérétiques ariens.

Le Père des Moines s'éteint à 105 ans.
Plus que les faits merveilleux de sa vie, retenons ses paroles et les enseignements qu'il donnait à ses disciples: "Efforçons-nous, leur disait-il, de ne rien posséder que ce que nous emporterons avec nous dans le tombeau, c'est-à-dire la Charité, la Douceur et la Justice...
Les épreuves nous sont, en fait, profitables. Supprimez la tentation et personne ne sera sauvé."

Saint Antoine jouit très rapidement d'une grande popularité et devint le protecteur de nombreuses confréries et métiers.
Certainement que son caractère de lutteur victorieux (dans la vie spirituelle), d'ascète qui vit de manière frustre et dépouillée dans la solitude, d'homme qui a changé de vie pour une vie nouvelle au service de Dieu, a de quoi largement toucher le légionnaire. (diocèse aux armées françaises)
A découvrir aussi Saint Antoine l'ermite (diocèse de Quimper et Léon)

Mémoire de Saint Antoine, Abbé. Après la mort de ses parents, accueillant les préceptes de l’Évangile, il distribua tous ses biens aux pauvres et se retira dans la solitude de la Thébaïde en Égypte, où il commença à mener une vie d’ascète. Il travailla aves zèle à fortifier l’Église en soutenant les confesseurs de la Foi lors de la persécution de Dioclétien et en aidant saint Athanase contre les ariens. Il eut tellement de disciples qu’il est appelé Père des Moines. Il mourut en 356.
Martyrologe romain

Ne cédons pas à la tristesse comme si nous périssions. Confiance et joie, nous sommes sauvés !
Dans "Vie des Pères du Désert"

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http://missel.free.fr/Sanctoral/01/17.php.

Historique

Antoine, né vers 251 en Haute Egypte, avait dix-huit ans lorsque moururent ses parents, chrétiens à la fortune considérable, qui lui laissaient le soin d'élever sa petite sœur.
Observant et pratiquant, il fut un jour vivement frappé par cette invitation de Jésus : « Si tu veux être parfait, va, vends ce que tu as et donne-le aux pauvres, et tu auras un trésor dans le ciel : viens et suis-moi ! » (Mat, XIX 21).
Il obéit, mais fit toutefois une réserve des ressources nécessaires à sa sœur. Bientôt il fut impressionné par une autre parole du Sauveur : « Ne vous mettez pas en peine du lendemain. » (Mat, VI 34).
Il se débarrassa de sa réserve, confia sa sœur à une communauté de vierges, et se retira dans une solitude voisine de Qéman, entre Memphis et Arsinoé ; conduit par un vieil ascète, Antoine partagea son temps entre la Prière et le travail.
Cette demi-retraite ne lui suffit pas longtemps ; quand sa réputation lui amena trop des visiteurs, il se réfugia dans un des anciens tombeaux égyptiens de la montagne où, de temps à autre, un ami lui apportait des provisions.
Là commencèrent ses tribulations : le démon lui livrait de furieuses attaques. Un matin l'ami charitable le trouva étendu inanimé sur le sol ; il le rapporta au village où, le croyant mort, on prépara ses funérailles. Antoine reprit ses sens et demanda à être ramené immédiatement dans sa grotte.
Les assauts du démon continuèrent. Antoine chercha une retraite encore plus profonde, au delà du Nil.
Vingt ans, il vécut enfermé dans un château ruiné, toujours aux prises avec Satan.
« Le diable, qui hait tout ce qui est digne de louange et qui envie toutes les bonnes actions des hommes... résolut d'user contre lui de tous les efforts qui seraient en sa puissance.
La première tentation dont il se servit pour le détourner de la vie solitaire, fut de lui mettre devant les yeux les biens qu'il avait quittés, le soin qu'il était obligé d'avoir de sa sœur, la noblesse de sa race, l'amour des richesses, le désir de la gloire, les diverses voluptés qui se rencontrent dans les délices, et tous les autres plaisirs de la vie.
Il lui représentait d'un côté les extrêmes difficultés et les travaux qui se rencontrent dans l'exercice de la vertu, la faiblesse de son corps, le long temps qui lui restait encore à vivre ; et, enfin, pour tâcher de le détourner de la sainte résolution qu'il avait prise, il éleva dans son esprit comme une poussière et un nuage épais de diverses pensées.
Mais se trouvant trop faible pour ébranler un aussi ferme dessein que celui d'Antoine, et voyant qu'au lieu d'en venir à bout, il était vaincu par sa constance, renversé par la grandeur de sa Foi et porté par terre par ses Prières continuelles, alors, se confiant avec orgueil, selon les paroles de l'Évangile, aux armes de ses reins, qui sont les premières embûches qu'il emploie contre les jeunes gens, il s'en servit pour l'attaquer, le troublant la nuit et le tourmentant de jour, de telle sorte que ceux qui se trouvaient présents voyaient le combat qui se passait entre eux.
Le démon présentait à son esprit des pensées d'impureté, mais Antoine les repoussait par ses Prières.
Le démon chatouillait ses sens, mais Antoine rougissait de honte, comme s'il y eût en cela de sa faute, fortifiait son corps par la Foi, par l'Oraison et par les veilles.
Le démon se voyant ainsi surmonté, prit de nuit la figure d'une femme et en imita toutes les actions afin de le tromper ; mais Antoine élevant ses pensées vers Jésus-Christ et considérant quelle est la noblesse et l'excellence de l'âme qu'il nous a donnée, éteignit ces charbons ardents dont il voulait, par cette tromperie, embraser son cœur.
Le démon lui remit encore devant les yeux les douceurs de la volupté, mais Antoine, comme entrant en colère et s'en affligeant, se représenta les gênes mortelles dont les impudiques sont menacés et les douleurs de ce remords qui, comme un ver insupportable, rongera pour jamais leur conscience.
Ainsi, en opposant ces saintes considérations à tous ces efforts, ils n'eurent aucun pouvoir de lui nuire.
Et quelle plus grande honte pouvait recevoir le démon, lui qui ose s'égaler à Dieu, que de voir une personne de cet âge se moquer de lui et que, se glorifiant comme il fait, d'être par sa nature toute spirituelle élevé au-dessus de la chair et du sang, de se trouver terrassé par un homme revêtu d'une chair fragile ?
Mais le Seigneur qui, par l'Amour qu'il nous porte, a voulu prendre une chair mortelle, assistait son serviteur et le rendait victorieux du diable
. » (Saint Athanase, Vie de Saint Antoine)

Sollicité par les visiteurs qui venaient lui demander ou des miracles ou une règle de vie, il établit en 305 des ermitages où ses disciples, attentifs à ses discours et s'inspirant de ses exemples, pratiquaient un héroïque détachement.
En 311, Antoine entendit dire que la persécution de Maximin ensanglantait l'Egypte ; il descendit à Alexandrie pour encourager les martyrs et partager leurs souffrances.
Il s'attendait à être mis à mort, mais il ne fut pas inquiété. L'année suivante, il reprit le chemin de sa solitude ; animé d'une sainte émulation, il s’y imposa des jeûnes et des veilles plus austères.
Il s'enfonça dans le désert de la Haute Egypte pour fixer sa résidence au mont Qualzoum, appelé plus tard Mont Saint Antoine, où il s'installa près d'une source, au milieu d'une palmeraie. Il cultivait lui-même un petit jardin pour aider à sa subsistance.
Les disciples restés près du Nil construisirent le monastère de Pispir où Antoine venait les visiter à intervalles réguliers.
Dans ses dernières années, il permit à deux de ses disciples, Macaire et Amathas, de rester près de lui.
De 312 jusqu'à sa mort, Antoine demeura dans son ermitage où il y recevait des visiteurs animés de dispositions fort diverses : les uns lui demandant des miracles ou des enseignements, les autres cherchaient à l'embarrasser, comme ces philosophes grecs ou ces ariens qu'il réduisit au silence.
Athanase, son futur biographe, y vint à plusieurs reprises ; l'empereur Constantin lui écrivit pour se recommander à ses prières.
Vers 340, se place la rencontre d'Antoine et de l'ermite Paul dans les circonstances qu'a décrites saint Jérôme, dans la vie du second.
Antoine ambitionnait d'imiter plus parfait que lui ; il apprit en songe qu'un anachorète, riche en mérites, vivait depuis longtemps dans une partie du désert qu'il croyait inhabitée.
Sans tarder, il se mit à la recherche du saint homme, parvint non sans peine jusqu'à sa cellule, mais la trouva fermée.
Paul qui l'avait pressenti, ne veut voir aucun être humain. Enfin, Paul céda aux instances réitérées d'Antoine, et les deux ermites tombèrent dans les bras l'un de l'autre, se saluant mutuellement par leur nom, s'entretenant des choses de Dieu, pendant qu'un corbeau apportait leur nourriture, un pain entier ce jour-là.
On sait comment Paul mourut en l'absence de son visiteur, et reçut d'Antoine la sépulture dans une fosse que creusèrent deux lions du désert.
Sur la fin de sa vie, Antoine descendit une seconde fois à Alexandrie où il convertit nombre d'hérétiques et d'infidèles.
Peu après son retour, il annonça à ses deux disciples sa mort prochaine, leur fit promettre de ne révéler à personne le secret de sa tombe, légua à saint Athanase son manteau de peau et celui sur lequel il dormait.
Il expira doucement en 356, un 17 Janvier selon la tradition.

Bien qu'il n'ait pas laissé de règle écrite, Antoine fut vraiment l'initiateur du monachisme. Antoine voulut que sa tombe fût secrète pour que l'on n’honorât pas ses reliques, mais son corps fut retrouvé et transféré à Alexandrie, puis à Constantinople (vers 633) où une église fut bâtie sous son vocable.
Des documents du XIII° siècle, conservés à l'abbaye de Saint-Antoine de Viennois, attestaient que le corps fut apporté en Occident par un seigneur du Dauphiné, Jocelin, fils du comte Guillaume, qui l'aurait reçu de l'empereur de Constantinople, lors d’un pèlerinage en Terre Sainte.
Aymar Falcon qui s'est servi de ces documents (XVI° siècle), place ce pèlerinage vers 1070, et la translation des reliques de saint Antoine à la Motte-Saint-Didier sous Urbain II.
La localité prit le nom de Saint-Antoine-de-Viennois.
Le culte de saint Antoine en Occident qui est devenu très populaire depuis cette époque, a pris son extension à l'occasion d'un mal étrange, une sorte de fièvre désignée sous les noms de feu sacré, de feu morbide, de feu infernal ou de feu de saint Antoine, le saint guérissant de ce mal ceux qui avaient recours à son intercession.
Le noble Gaston, ayant avec son fils bénéficié de cette faveur, fonda à Saint-Antoine-de-Viennois un hôpital et une confrérie dont les membres devaient consacrer leur vie à soigner les malheureux atteints de ce mal.
La confrérie, approuvée au Concile de Clermont par Urbain II, fut confirmée comme ordre hospitalier par Honorius III (1228).
Telle fut l'origine des Antonins qui furent chargés de la garde du sanctuaire et des reliques, enlevés aux Bénédictins de Montmajour.

Vie de Saint Antoine par St Athanase

Je vois que Le Seigneur m'appelle à Lui, et ainsi, je vais, comme il est écrit, entrer dans le chemin de mes pères.
Continuez en votre abstinence ordinaire. Ne perdez pas malheureusement le fruit des saints exercices auxquels vous avez employé tant d'années, mais, comme si vous ne faisiez que commencer, efforcez-vous de demeurer dans votre ferveur ordinaire.
Vous savez quelles sont les embûches des démons. Vous connaissez leur cruauté et n'ignorez pas aussi leur faiblesse.
Ne les craignez donc point, mais croyez en Jésus-Christ et ne respirez jamais autre chose que le désir de le servir.
Vivez comme chaque jour croyant devoir mourir. Veillez sur vous-mêmes et souvenez-vous de toutes les instructions que je vous ai données...
Travaillez de tout votre pouvoir pour vous unir premièrement à Jésus et puis aux saints, afin qu'après votre mort ils vous reçoivent, comme étant de leurs amis et de leur connaissance, dans les Tabernacles éternels.
Gravez ces choses dans votre esprit. Gravez-les dans votre cœur... Ensevelissez-moi donc et me couvrez de terre ; et, afin que vous ne puissiez manquer à suivre mon intention, faites que nuls autres que vous ne sachent le lieu où sera le corps que je recevrai incorruptible de la main de mon Sauveur lors de la Résurrection.
Quant à mes habits, distribuez-les ainsi : donnez à l'Évêque Athanase une de mes tuniques et le manteau que j'ai reçu de lui tout neuf et que je lui rends tout usé.
Donnez mon autre tunique à l'Évêque Sérapion, et gardez pour vous mon cilice. Adieu, mes chers enfants. Antoine s'en va et n'est plus avec vous.
Saint Athanase.

Anthony abbot by zurbaranTableau de Francisco de Zurbarán

Antoine du Désert
Patriarche des Cénobites, Saint
251-356

Saint Antoine vint au monde l'an 251 de Jésus-Christ: il naquit au village de Come, près d'Héraclée, dans la Haute-Egypte. Ses parents qui étaient chrétiens, et encore plus distingués par leur piété que par leurs richesses, prirent un soin tout particulier de son éducation 5 ils le gardèrent toujours auprès d'eux, dans la crainte- que les mauvais exemples et les discours des personnes vicieuses ne corrompissent son innocence. Antoine, ainsi retenu dans la maison paternelle, ne s'appliqua point à l'étude des belles lettres , et ne sut jamais lire que l'égyptien, qui était la langue de son pays : mais il était bien dédommagé du défaut de quelques connaissances dont il n'est que trop ordinaire d'abuser, par les excellentes dispositions que Dieu avait mises dans son âme. On le vit, dès son enfance, aimer la sobriété, assister régulièrement aux offices de l'Église, et obéir à ses parents avec une ponctualité singulière. La mort les lui ayant enlevés, il devint possesseur d'une fortune considérable, et se trouva chargé du soin de pourvoir à l'éducation d'une sœur plus jeune que lui. Il n'était point encore dans sa vingtième année.

Six mois après, Antoine entendit lire dans l'église ces paroles adressées au jeune homme de l'évangile : Allez, vendez ce que vous avez, donnez-le aux pauvres, et vous aurez un trésor dans le ciel. Il s'en fit sur-le-champ l'application a lui-même ; et il ne fut pas plus tôt retourné à sa maison qu'il abandonna à ses voisins environ 140 arpents d'excellente terre à condition qu'ils paieraient pour lui et pour sa sœur tous les impôts publics. Il vendit le reste de son bien, et en distribua le prix aux pauvres, ne se réservant que ce qui était nécessaire à sa subsistance et à celle de sa sœur. Quelque temps après, ayant entendu lire dans l'église ces autres paroles : Ne soyez point en peine du lendemain, il se défit encore de ses meubles en faveur des pauvres, et mit sa sœur dans un monastère de vierges, où elle devint dans la suite la conductrice d'un grand nombre de personnes de son sexe. Quant à lui, il se retira dans un désert du voisinage, afin d'imiter un saint vieillard qui y vivait en ermite ; là, il partageait son temps entre le travail des mains, la prière et la lecture. Sa ferveur était si grande, que lorsqu'il entendait parler de quelque anachorète, il allait le trouver pour profiter de ses instructions et de ses exemples. Il se fit une règle de pratiquer tout ce que pratiquaient les vrais serviteurs de Dieu, et voilà ce qui le rendit en peu de temps un modèle accompli de toutes les vertus.

Le démon, jaloux des progrès qu'Antoine faisait chaque jour dans les voies de la perfection , mit tout en œuvre pour le perdre. Il lui représenta d'abord toutes les bonnes œuvres qu'il eût pu faire dans le monde par le moyen de ses richesses, et les difficultés qu'il aurait àsurmonter dans la solitude ; artifice qu'il a coutume d'employer quand il veut dégoûter une âme de l'état auquel Dieu l'appelle. Cette première attaque ne lui ayant pas réussi, il tourmenta le Saint nuit et jour par des pensées contraires à la pureté ; mais le jeune ermite triompha de cette tentation par une exacte vigilance sur ses sens, par des jeûnes rigoureux, par l'humilité et la prière. Le démon revint encore à la charge ; il se servit du piège de la vaine gloire, et prit diverses formes pour séduire ou pour épouvanter Antoine. Ses ruses n'eurent point l'effet qu'il en attendait : toujours il fut vaincu; il fut même forcé d'avouer sa défaite.

Antoine, averti par le danger qu'il avait couru, redoubla ses austérités. Il ne prenait pour toute nourriture qu'un peu de pain et de sel, et ne buvait jamais que de l'eau ; il ne faisait par jour qu'un seul repas, et toujours après le coucher du soleil. Quelquefois il gardait une abstinence totale pendant deux, et même pendant quatre jours. Souvent il passait la nuit sans dormir, et le peu de repos qu'il accordait à la nature, il le prenait, ou sur une simple natte de jonc, ou sur un cilice, ou sur la terre nue. Enfin il employait tous les moyens propres a châtier son corps, et à le soumettre parfaitement a la loi de l'esprit.

Le désir d'une solitude plus entière porta notre Saint à se retirer dans un vieux sépulcre, où un de ses amis lui portait du pain de temps en temps. Dieu permit encore que le démon vînt l'y attaquer. Il tâcha d'abord de l'effrayer par un horrible fracas ; il le battit même un jour si rudement, qu'il le laissa tout couvert de blessures, et à demi-mort. Il fut trouvé dans cet état par l'ami charitable qui pourvoyait à sa subsistance. A peine eut-il repris ses sens, qu'avant même de se relever, il cria aux démons : « Eh bien ! me voilà encore prêt à combattre. Non, n rien ne sera capable de me séparer de Jésus-Christ mon n Seigneur. » Les esprits de ténèbres acceptent aussitôt le défi ; ils redoublent leurs efforts, poussent des rugissements épouvantables, et se revêtent des formes les plus hideuses et les plus effrayantes. Cependant Antoine reste inébranlable, parce qu'il met toute sa confiance en Dieu. Tin rayon de la lumière céleste descend aussitôt sur lui, et les démons prennent honteusement la fuite. « Où étiez vous donc, mon Seigneur et mon maître, s'écria-t-il alors ? Que n'étiez-vous ici dès le commencement du combat ? Hélas ! vous auriez essuyé mes larmes, et calmé mes peines. » Une voix lui répondit : « Antoine, j'étais auprès de toi ; j'ai été spectateur de tes combats, et parce que tu as résisté courageusement à tes ennemis, je te protégerai pendant le reste de ta vie, et je rendrai ton nom célèbre sur la terre. » A ces mots, le Saint, rempli de consolation et de force, se lève pour témoigner sa reconnaissance à son libérateur.

Depuis sa retraite, saint Antoine avait demeuré dans des lieux solitaires peu éloignés de sa patrie ; mais, à l'âge de trente-cinq ans, il résolut de s'enfoncer davantage dans le désert. 11 passa donc le bras oriental du Nil ; puis s'étant retiré sur le sommet d'une montagne il s'y renferma dans un vieux château, où il vécut dans une telle séparation du monde pendant près de vingt ans, qu'il ne voyait guère que celui qui lui apportait du pain de temps en temps.

Cependant le bruit de sa sainteté attirait auprès de lui un grand nombre de disciples. Il se rendit à la longue au désir qu'ils avaient de vivre sous sa conduite ; il descendit donc de sa montagne vers l'an 305, et fonda le monastère de Phaium. La dissipation occasionnée par cette entreprise fut suivie d'une tentation de désespoir ; mais il s'en délivra par des prières ferventes, et par une forte application au travail des mains. Sa nourriture, dans ce nouveau genre de vie, consistait en six onces de pain trempé dans l'eau, et un peu de sel ; il y ajoutait de temps en temps quelques dattes. Ce ne fut que dans sa vieillesse qu'il usa d'un peu d'huile. Souvent il passait trois ou quatre jours sans prendre aucune sorte de nourriture. Un cilice lui servait de tunique ; il portait pardessus un manteau fait de peaux de brebis, attaché avec une ceinture. Des austérités aussi rigoureuses ne l'empêchaient pas de paraître robuste et content. Son plus grand plaisir était de vaquer dans sa cellule aux exercices de la prière et de la contemplation. Etant à table avec ses frères, il lui arrivait souvent de fondre en larmes, et de sortir sans avoir rien pris, tant était vive l'impression que faisait sur lui la pensée du bonheur des Saints, qui n'avaient dans le ciel d'autre occupation que celle de louer Dieu continuellement ; de là ce zèle à recommander à ses disciples de donner au soin de leurs corps le moins de temps qu'il serait possible, afin qu'il leur en restât davantage pour louer et adorer les grandeurs divines. Il était pourtant bien éloigné de croire que la perfection consistât dans la seule mortification du corps ; persuadé que les meilleures œuvres ne sont rien sans la charité, il s'appliquait à en allumer de plus en plus le feu dans son âme.

Quelles instructions un tel maître ne devait-il pas donner à ses disciples ? Voici quelques-unes des maximes qu'il ne cessait de leur répéter. « Que le souvenir de l'éternité, disait-il, ne sorte jamais de votre esprit. Pensez, tous les matins, que peut-être vous ne vivrez pas jusqu'à la fin du jour ; pensez, tous les soirs , que peut-être vous ne verrez pas le lendemain matin. Faites chacune de vos actions comme si elle était la dernière de votre vie, c'est-à-dire, avec toute la ferveur « et tout l'esprit de piété dont vous êtes capables. Veillez sans cesse contre les tentations , et résistez courageusement aux efforts du démon : cet ennemi est bien » faible quand on sait le désarmer ; il redoute le jeûne, la prière, l'humilité et les bonnes œuvres. Quoique je parle contre lui, il n'a pas la force de me fermer la bouche ; il ne faut que le signe de la croix pour dissiper ses prestiges et ses illusions.... Oui, ce signe de la croix du Sauveur qui l'a dépouillé de sa puissance, suffit pour le faire trembler. » Le Saint fortifiait ces dernières instructions par le récit des divers assauts qui lui avaient été livrés par le démon. C'est par la prière, ajoutait-il, que j'ai triomphé de tous ses pièges. Il me dit un jour, après s'être transformé en ange de lumière : Antoine, demandez ce que vous voudrez, je suis la puissance de Dieu. Mais je n'eus pas plus tôt invoqué le nom de Jésus, qu'il disparut. » Le Saint avait merveilleusement le don de discerner les esprits. Voici la règle qu'il donnait à ses disciples sur ce sujet. « La vue des bons anges, leur disait-il, n'apporte aucun trouble ; leur présence est douce et tranquille ; elle comble l'âme de joie, et lui inspire de la confiance. Ils font concevoir un tel amour des choses divines, qu'on voudrait quitter la vie pour les suivre dans la bienheureuse éternité. Au contraire, l'apparition des mauvais anges remplit de trouble : ils se présentent avec bruit ; ils jettent l'âme dans une confusion de pensées, ou dans une frayeur qui la déconcerte ; ils dégoûtent de la pratique des vertus , et rendent l'âme inconstante dans ses résolutions. »

Pendant qu'Antoine était ainsi occupé dans la solitude de sa propre sanctification et de celle de ses disciples ; l'Église se vit attaquée par Maximin, qui ralluma le feu de la persécution en 311. L'espérance de verser son sang pour Jésus-Christ, l'engagea à sortir de son monastère. Il prit la route d'Alexandrie, afin d'aller servir les chrétiens renfermés dans les prisons, et condamnés à travailler aux mines. Il les encourageait tous à rester inébranlables dans la confession de la foi, et cela jusque devant les tribunaux, et dans les lieux où se faisaient les exécutions. Il portait publiquement son habit monastique, sans craindre que le juge le reconnût. Il ne voulut portant point imiter l'exemple de ceux qui se livraient eux-mêmes aux tyrans, parce qu'il savait qu'on ne peut agir ainsi sans une inspiration particulière de Dieu. La persécution ayant cessé l'année suivante, il retourna dans son monastère, résolu d'y vivre plus que jamais dans une entière séparation du monde : ce fut ce qui le porta à faire murer la porte de sa cellule. Il en sortit néanmoins quelque temps après, et quitta la contrée où étaient ses premiers monastères, que saint Athanase appelle les Monastères de dehors. Ils étaient aux environs de Memphis, d'Arsinoé, de Babylone et 'd'Aphrodite. Le nombre des solitaires de ce premier désert de saint Antoine s'accrut prodigieusement ; et Rufin , en parlant de saint Sérapion d'Arsinoé, peu après la mort de saint Antoine , dit qu'il était supérieur de dix mille moines ; il ajoute qu'on ne pouvait presque compter ceux qui habitaient les solitudes de Memphis et de Babylone.
De ces solitaires, les uns vivaient ensemble, et formaient des corps de communautés ; les autres menaient la vie anachorétique dans des cavernes séparées. Saint Athanase, qui les visita souvent, n'en parle qu'avec des transports d'admiration. « Il y a, dit-il, des monastères qui sont comme autant de temples remplis de personnes dont la vie se passe à chanter des psaumes, à lire, à prier, à jeûner, à veiller, qui mettent toutes leurs espérances dans les biens à venir, qui sont unies par les liens d'une charité admirable, et qui travaillent moins pour leur propre entretien que pour celui des pauvres : c'est comme une vaste région absolument séparée du monde, et dont les heureux habitants n'ont d'autre soin que celui de s'exercer dans la justice et la piété. » Tous ces solitaires étaient conduits par le grand saint Antoine, qui ne cessait d'animer leur ferveur par sa vigilance, ses exhortations et ses exemples, et quoiqu'il eût établi des supérieurs subalternes, il ne laissa pas de conserver toujours sur eux une surintendance générale, même après qu'il eut changé de demeure.

Cependant le Saint, après avoir recommandé à Dieu ses disciples, résolut de pénétrer plus avant dans les déserts, afin d'y vivre plus éloigné du commerce des hommes, et, pour ainsi dire, seul avec Dieu seul ; par-là il se préservait encore de la tentation de la vanité qu'il craignait extrêmement. Il se détermina donc à se retirer dans un lieu de la Haute-Egypte, où il n'y avait que des hommes sauvages. Etant arrivé sur le bord du Nil, il s'arrêta dans un lieu commode, attendant qu'il passât un bateau sur lequel il pût remonter le fleuve vers le sud ; mais par une inspiration particulière de Dieu, il changea de dessein, et au lieu de s'avancer vers le sud, il se joignit à quelques marchands arabes qui allaient vers la mer Rouge, du côté de l'Orient.
Enfin, ayant marché trois jours et trois nuits, porté apparemment sur un chameau, il gagna le lieu où le ciel voulait qu'il fixât sa demeure pour le reste de ses jours : c'était le mont Colzin, qu'on a depuis nommé le mont Saint-Antoine, et qui n'est qu'à une journée de la mer Rouge. Au bas est un ruisseau, sur le bord duquel on voit un grand nombre de palmiers qui contribuent beaucoup à rendre ce lieu commode et agréable. Cette montagne était si haute et si escarpée, qu'on ne pouvait la regarder sans frayeur : on la découvrait du Nil, quoiqu'il y eût 30 milles, ou douze lieues, à l'endroit où elle en était le plus proche.
Saint Antoine s'arrêta au pied de cette montagne, et fixa sa demeure dans une cellule si étroite, qu'elle ne contenait en carré qu'autant d'espace qu'un homme en peut occuper en s'étendant. Il y avait deux autres cellules toutes semblables, taillées dans le roc, sur le sommet de la montagne, où l'on ne montait qu'avec bien de la difficulté par un petit sentier fait en forme de limaçon. Le Saint se retirait dans une de celles-ci lorsqu'il voulait se dérober à la presse, car il ne put rester longtemps inconnu. Ses disciples le découvrirent à la fin, après beaucoup de recherches, et se chargèrent du soin de lui procurer du pain; mais il voulut leur épargner cette peine. Il les pria donc de lui apporter une bêche, une cognée, et un peu de blé qu'il sema, et qui lui rapporta suffisamment de quoi se nourrir. Sa joie fut extrême quand il vit qu'il n'était plus à charge à personne.

Quelque désir qu'il eût de vivre dans la retraite il ne put résister aux instances qu'on lui fit d'aller visiter ses premiers monastères : il y fut reçu avec les démonstrations de la joie la plus vive. Ses discours inspirèrent à ses disciples une nouvelle ardeur de croître en vertu et en sainteté. Ce fut dans ce même voyage qu'il visita sa sœur, supérieure d'une communauté de vierges, qu'elle édifiait par l'exemple de toutes les vertus. Après avoir satisfait à ce devoir de charité, il reprit la route de sa montagne. Les solitaires et les personnes affligées venaient de toutes parts le consulter : il donnait aux uns des avis salutaires, et obtenait par ses prières des miracles du ciel en faveur des autres.
Nous apprenons de saint Athanase, qu'il guérit un nommé Fronton, de la famille de l'Empereur, d'une maladie si extraordinaire, qu'il se coupait la langue avec les dents. Il rendit la santé à une fille paralytique, et à plusieurs autres malades. Si quelquefois Dieu n'accordait point à ses prières la guérison des malades, il se soumettait à la volonté du ciel, et exhortait fortement les autres à faire la même chose ; souvent il les envoyait à d'autres solitaires, afin qu'ils obtinssent par leurs prières ce qui avait été refusé aux siennes. « Je leur suis bien inférieur en mérites, disait-il, et je m'étonne » qu'on vienne me trouver, tandis qu'on pourrait s'adresser à eux. »

Le lieu de la retraite du Saint ayant été découvert, comme nous l'avons dit, plusieurs de ses disciples se rendirent auprès de lui ; mais ils ne purent, malgré l'envie qu'ils en avaient, obtenir de lui la permission de s'établir sur sa montagne. Ils bâtirent donc avec son consentement et par son avis, le monastère de Pispir, ou Pispiri. Ce monastère, peu éloigné du Nil, et peut-être sur le bord de ce fleuve, était du côté de l'Orient, et à douze lieues de la montagne du Saint. Macaire et Amathas y demeurèrent jusqu'au temps où ils restèrent auprès du Saint, pour le servir dans son extrême vieillesse. Il s'y forma une communauté aussi nombreuse que dans les déserts d'au-delà le Nil.
On dit qu'après la mort du saint patriarche, Macaire y eut sous sa conduite jusqu'à cinq mille moines. Dans la suite, Amathas et Pitirion gouvernèrent aussi un grand nombre de moines qui habitaient dans des cavernes sur la montagne même du Saint. Il y avait beaucoup de ces cavernes, à cause de la quantité de pierres qu'on avait tirées pour construire les pyramides d'Egypte.

Saint Antoine était trop éloigné de ses premiers disciples pour les visiter souvent; mais il ne négligeait pas pour cela leurs besoins spirituels. Outre les instructions particulières qu'il donnait à ceux qui venaient quelquefois le trouver, il leur écrivait encore, comme nous l'apprenons de saint Jérôme. Quant au monastère de Pispir, qui était plus près, il y allait fréquemment. Ce fut là qu'il confondit les philosophes et les sophistes qui voulurent disputer avec lui ; c'était là aussi qu'il instruisait les étrangers, surtout les grands, qui ne pouvaient avec leur suite gagner le haut de la montagne. Macaire, son disciple, chargé de recevoir les étrangers, l'informait de ce dont voulaient lui parler ceux qui demandaient à l'entretenir. Ils étaient convenus entre eux d'appeler Egyptiens les personnes du monde, et Jérosolimitains celles qui faisaient profession d'une rare piété.
Ainsi, lorsque Macaire disait à son maître que des Jérosolimitains étaient venus pour le visiter, il s'asseyait avec eux, et leur parlait des choses de Dieu ; s'il lui disait au contraire que c'étaient des Egyptiens, il se contentait de leur faire une petite exhortation, après laquelle Macaire les entretenait, et leur préparait des lentilles. Dieu lui ayant un jour fait voir toute la surface de la terre tellement couverte de piéges, qu'il était presque impossible de faire un pas sans y tomber, il s'écria tout tremblant : « Qui pourra donc, Seigneur, éviter le danger? » Une voix lui répondit aussitôt : « Ce sera l'homme vraiment humble. »
Antoine était assurément dans le cas de ne rien craindre ; car il se regardait toujours comme le dernier des hommes, et comme le rebut du monde. Il écoutait et suivait les avis qui lui étaient donnés par toutes sortes de personnes. Ses leçons sur l'humilité étaient aussi admirables que son exemple. Il disait à son disciple : « Lorsque vous gardez le silence, ne vous imaginez pas pour cela faire un acte de vertu ; mais reconnaissez plutôt que vous n'êtes pas digne de parler. »

Antoine avait auprès de sa cellule un petit jardin qu'il cultivait de ses propres mains : il en tirait de quoi procurer quelques rafraîchissements aux personnes qui, pour arriver jusqu'à lui, étaient obligées de traverser avec beaucoup de fatigues un vaste désert. La culture de son jardin n'était pas le seul travail auquel il s'occupait, il faisait encore des nattes. Un jour qu'il s'affligeait de ne pouvoir se livrer avec une continuité soutenue au saint exercice de la contemplation, il eut la vision suivante. Un ange lui apparut ; cet esprit céleste se mit à faire une natte avec des feuilles de palmier, et il quittait de temps en temps son ouvrage pour s'entretenir avec Dieu dans l'oraison. Après avoir ainsi entremêlé plusieurs fois le travail et la prière, il dit au Saint : « Faites la même chose, et vous serez sauvé. » Antoine n'omit jamais cette pratique, et il tint toujours son cœur uni à Dieu pendant que ses mains travaillaient. Qu'on juge de la ferveur de ses prières et de la sublimité de sa contemplation, par ces traits. Il se levait à minuit, priait à genoux, les mains levées au ciel, jusqu'au lever du soleil, et souvent jusqu'à trois heures après midi.
Quelquefois il se plaignait de ce que le retour de l'aurore le rappelait à ses occupations journalières. « Qu'ai-je à faire de ta lumière, disait-il au soleil lorsqu'il commençait à paraître ? Pourquoi viens-tu me distraire ? Pourquoi ne te lèves-tu que pour m'arracher à la clarté de la véritable lumière ? »
Cassien, qui rapporte ce trait, ajoute que, parlant de l'oraison, il disait que celle d'un religieux n'était pas parfaite, lorsqu'on priant il s'apercevait lui-même qu'il priait ; ce qui fait voir combien son oraison était sublime.

Les visions dont nous avons déjà parlé ne furent pas les seules dont Dieu favorisa son serviteur. E lui découvrit, sous la figure de mulets qui renversaient l'autel à coups de pied, les horribles ravages que les ariens causèrent deux ans après dans la ville d'Alexandrie, et de graves auteurs nous assurent qu'il prédit clairement les excès auxquels la fureur de ces hérétiques se porta. Il détestait en général tous les ennemis de l'Église ; il les chassait de sa montagne, en les traitant de serpens venimeux ; et jamais il ne leur parlait, à moins qu'il ne fut question de les exhorter à rentrer dans l'unité.

Plusieurs évêques, persuadés que personne ne serait plus propre que notre Saint à confondre les ariens, l'engagèrent, vers l'an 355, à faire un voyage à Alexandrie : il se rendit à leurs sollicitations. A peine fut-il arrivé dans cette ville, qu'on l'entendit prêcher hautement la Foi Catholique. H enseignait que le Fils de Dieu n'était point une simple créature, mais qu'il était consubstantiel au Père. u II n'appartient, disait-il, qu'aux sectateurs impies d'Arius de le traiter de créature ; aussi ne diffèrent-ils pas des païens, qui rendaient un culte sacrilège à la créature, au lieu d'adorer le Créateur. »
Tout le monde s'empressait d'aller le voir et de l'entendre. Les idolâtres partageaient cet empressement avec les chrétiens. « Nous voulons voir l'homme de Dieu, disaient-ils. » Il y en eut plusieurs d'entre eux qui, frappés de ses discours et de ses miracles, demandèrent le baptême. Antoine vit à Alexandrie le célèbre Didyme, qui, quoiqu'aveugle depuis l'âge de cinq ans, s'était néanmoins rendu très habile dans toutes sortes de sciences, et qui, à cause de son zèle à défendre la foi de Nicée, était fort estimé de saint Athanase et de tous les évêques catholiques. Il lui dit un jour qu'ils s'entretenaient ensemble : « Pourriez-vous regretter la perte de la vue ? Les yeux vous étaient communs avec les mouches, les fourmis et les animaux les plus méprisables. Vous devez plutôt vous réjouir de posséder une lumière qui ne se trouve que dans les apôtres, les saints et les anges ; lumière par laquelle nous voyons Dieu même, et qui allume dans nous le feu d'une science toute céleste. La lumière de l'esprit est infiniment préférable à celle » du corps. Il ne faut qu'un regard impudique pour que les yeux charnels nous précipitent dans l'enfer. » Le Saint ayant passé quelques jours à Alexandrie, ne pensa plus qu'à retourner dans sa cellule. En vain le gouverneur d'Egypte voulut le retenir plus longtemps ; il ne répondit à ses invitations que par ces paroles : « Il en est d'un moine comme d'un poisson ; l'un meurt s'il quitte l'eau, et l'autre s'il quitte la solitude. » Saint Athanase le reconduisit par respect jusqu'aux portes de la ville, où il le vit guérir une fille possédée du démon.

Plusieurs philosophes païens, curieux de voir un solitaire dont la renommée publiait tant de merveilles, visitèrent souvent Antoine, dans le dessein de disputer avec lui. Il leur prouvait d'une manière invincible que la religion chrétienne est la seule vraie, la seule qu'on puisse professer avec sûreté. « Nous autres chrétiens, leur disait-il, en prononçant seulement le nom de Jésus crucifié, nous mettons en fuite ces démons que vous adorez comme des dieux. Leurs prestiges et leurs charmes périt dent toutes leurs forces où le signe de la croix est formé. » Il confirmait ce qu'il avait avancé, en invoquant le nom de Jésus, et en faisant le signe de la croix sur des possédés, qui, se trouvant tout-à-coup délivrés, se levaient pour témoigner à Dieu leur reconnaissance.
Quelques-uns de ces philosophes lui demandèrent un jour à quoi il pouvait s'occuper dans son désert, puisqu'il était privé du plaisir que l'on goûte dans la lecture. « La nature, répondit-il, est pour moi un livre qui me tient lieu de tous les autres. » Quand il y en avait qui voulaient tourner en ridicule son ignorance dans les sciences profanes, il leur demandait avec une simplicité admirable, qui, de la raison ou de la science, était la première, et laquelle des deux avait produit l'autre? « C'est sans doute la raison, répondirent-ils. La raison suffit donc, reprenait le Saint. » C'était ainsi qu'il confondait ces prétendus savants, et qu'il prévenait toutes leurs objections. Ils s'en allaient si frappés de la sagesse de ses discours, qu'ils ne pouvaient lui refuser leur admiration.
D'autres, dans le dessein de le trouver en défaut, l'interrogèrent sur les raisons qu'il avait de croire en Jésus-Christ : mais il leur ferma la bouche en leur montrant qu'attribuer, comme eux, les vices les plus infâmes à la Divinité, c'était la dégrader ; que le mystère humiliant de la croix était la preuve la plus sensible de la bonté divine, et que les humiliations passagères de Jésus-Christ avaient été amplement effacées par la gloire de sa résurrection, et par les miracles sans nombre qu'il avait opérés, en rendant la vie aux morts, la vue aux aveugles, la santé aux malades. Il établissait ensuite que la foi en Dieu, et les œuvres dont elle est le principe, avaient quelque chose de bien plus clair et de bien plus satisfaisant que toutes les rêveries des Grecs.

On ne peut douter de l'attachement de S. Antoine à la doctrine du concile de Nicée, après ce que nous avons dit de son voyage à Alexandrie. Ce ne fut pas cependant la seule occasion où il fit connaître ses sentiments ; car il n'eut pas plus tôt été informé que le faux patriarche Grégoire, soutenu de l'autorité du duc Balac, persécutait les orthodoxes avec fureur, qu'il lui écrivit de la manière la plus pressante pour l'exhorter à ne pas déchirer le sein de l'Église. Malheureusement sa lettre ne produisit aucun effet : le duc, au lieu d'y avoir égard, la mit en pièces, cracha dessus, et la foula aux pieds ; il menaça même le Saint de décharger sur lui le poids de son indignation. Mais la justice de Dieu ne tarda guères à le punir. En effet, allant cinq jours après sur des chevaux de sa propre écurie, avec Nestor, gouverneur d'Egypte, ces animaux se mirent à jouer ensemble, et celui que Nestor montait, quoique très-doux, se jeta sur Balac, le renversa par terre, et hennissant contre lui, le mordit plusieurs fois à la cuisse. Le duc, extraordinairement maltraité, fut porté à la ville, où il mourut au bout de deux jours.

La vénération qu'on avait pour notre Saint était si universelle, que le Grand-Constantin, et ses deux fils Constance et Constant, lui écrivirent vers l'an 337. Ces princes, dans leur lettre commune, sollicitaient le secours de ses prières, et lui témoignaient le plus vif empressement de recevoir une réponse de sa part. Les disciples d'Antoine étant surpris de l'honneur que lui faisait le maître du monde, il leur dit : « Vous ne devez pas vous étonner de ce que je reçois une lettre de l'Empereur; c'est un homme qui écrit à un autre homme : mais étonnez-vous de ce que Dieu nous a fait connaître ses volontés par écrit, et de ce qu'il nous a parlé par son propre Fils. » Il ne voulut pas d'abord faire de réponse, alléguant pour raison, qu'il ne savait comment s'y prendre. A la fin pourtant il céda aux représentations réitérées de ses disciples, et écrivit à l'Empereur et à ses enfants une lettre dans laquelle il les exhortait à mépriser le monde, et à ne jamais perdre de vue la pensée du jugement dernier. Elle nous a été conservée par saint Athanase.

Le Saint écrivit aussi plusieurs lettres à divers monastères d'Egypte, dans lesquelles on trouve le style des apôtres et la solidité de leurs maximes. Il insiste fortement dans celle qui est adressée aux moines d'Arsinoé, sur la nécessité d'opposer aux tentations la vigilance, la prière, la mortification et l'humilité ; il y observe, pour mieux faire sentir le danger de l'orgueil, que c'est ce péché qui a perdu le démon, et par conséquent celui dans lequel il s'efforce particulièrement d'entraîner les hommes. Il répète souvent que la connaissance de nous-mêmes est l'unique moyen de nous élever à la connaissance et à l'amour de Dieu. Il ne paraît pas que saint Antoine ait écrit de règles pour ses disciples ; du moins les anciens auteurs n'en ont rien dit. Ses exemples et ses instructions étaient une règle vivante à laquelle les saints moines de tous les siècles ont toujours essayé de conformer leur vie. Dieu fit connaître au Saint la décadence future de Vêlât monastique. D en avertit ses disciples un jour qu'ils marquaient leur surprise de ce qu'un si grand nombre de personnes venaient pratiquer dans la solitude tout ce que la pénitence a de plus rigoureux. « Un jour viendra, leur dit-il les larmes aux yeux, que les moines se construiront des bâtiments magnifiques dans les villes, qu'ils aimeront la bonne chère, et qu'ils ne se distingueront plus des personnes du monde que par leur habit.
Cependant, malgré cette corruption générale, il s'en trouvera toujours quelques-uns qui conserveront l'esprit de leur état : aussi leur couronne sera-t-elle d'autant plus glorieuse, que leur vertu n'aura point succombé à la multitude des scandales. » C'était dans l'intention de prévenir ce malheur que le Saint inculquait si fréquemment à ses disciples le mépris du monde, la nécessité d'avoir toujours la mort présente à son esprit, d'avancer continuellement dans la perfection, d'être sans cesse en garde contre les artifices du démon, et de bien discerner les esprits.

Antoine, qui sentait que sa fin approchait, entreprit la visite de ses monastères. Ses disciples auxquels il prédit sa mort prochaine, le conjurèrent tous, les larmes aux yeux, de rester avec eux jusqu'à son dernier moment ; mais il ne voulut jamais y consentir. Il craignait qu'on n'embaumât son corps, suivant la coutume des Egyptiens ; abus qu'il avait lui-même souvent condamné, comme ayant la vanité, et quelquefois la superstition pour principe ; et ce fut pour empêcher qu'on ne le commît à son égard, qu'il avait expressément recommandé à Macaire et à Amathas, qui demeurèrent avec lui les quinze dernières années de sa vie, de l'enterrer comme les patriarches l'avaient été , et de garder le secret sur le lieu de son tombeau. De retour dans sa cellule, il y tomba malade peu de temps après. Il réitéra à ses deux disciples les ordres qu'il leur avait donnés précédemment sur sa sépulture ; puis il ajouta : « Lorsque le jour de la résurrection sera venu, je recevrai ce corps incorruptible de la main de Jésus-Christ. Partagez mes habits ; donnez à l'évêque Athanase une de mes peaux de brebis, avec le manteau sur lequel je couche ; donnez à l'évêque Sérapion l'autre peau de brebis, et gardez pour vous mon cilice. Adieu, mes enfants ; Antoine s'en va, et n'est plus avec vous. » Quand il eut ainsi parlé, Macaire et Amathas l'embrassèrent : il étendit ses pieds, et s'endormit paisiblement dans le Seigneur. Ceci arriva l'an 356. H paraît que ce fut le 17 Janvier, jour auquel les plus anciens martyrologes le nomment, et auquel les Grecs célébrèrent sa fête peu de temps après sa mort. Il était âgé de 105 ans, et malgré ses grandes austérités, il n'avait éprouvé aucune de ces infirmités qui sont le partage ordinaire de la vieillesse, 11 fut enterré comme il l'avait ordonné.

Son corps ayant été découvert en 561, il fut transféré avec beaucoup de solennité à Alexandrie. Les Sarrasins s'étant emparés de l'Egypte vers l'an 635, on le porta à Constantinople : de cette ville, il fut transporté dans le diocèse de Vienne en Dauphiné, à la fin du dixième siècle, ou au commencement du onzième, vers l'an 980. Un seigneur de cette province, nommé Josselin, auquel l'Empereur de Constantinople en avait fait présent, le déposa dans l'église priorale de la Motte-Saint-Didier, laquelle devint dans la suite le chef-lieu de l'ordre de saint Antoine. Il s'est opéré plusieurs miracles par l'intercession du Saint, dont les reliques, à l'exception d'un bras, furent transférées, sur la fin du quatorzième siècle, à l'abbaye de Montmajour-lès-Arles ; elles y sont restées jusqu'au 9 Janvier 1491, qu'elles furent transférées de nouveau et déposées dans l'église paroissiale de Saint-Julien de la ville d'Arles, où elles sont encore renfermées dans un beau reliquaire de vermeil.
Source : A. Butler : Vies des pères des martyrs et des autres principaux saints. Tome  1.

Commentaires (1)

1. Antoine Ekoto 08/01/2016

Bonsoir!
je suis ému par le commentaire que vous faites. Cependant je aimerais avoir sa neuvaine et sa prière. Merci

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Date de dernière mise à jour : 17/01/2018