Saint Ignace d'Antioche, Évêque, Patriarche d'Antioche, martyr, Docteur de l'Église († c.115). Fête le 17 Octobre.

Mardi 17 Octobre 2017 : Fête de Saint Ignace d'Antioche, Évêque, Patriarche d'Antioche, martyr, Docteur de l'Église († c.115).

Saint ignace d antioche 22

http://nominis.cef.fr/contenus/saint/2032/Saint-Ignace-d-Antioche.html.

Saint Ignace d'Antioche.

Évêque, martyr, Père et Docteur de l'Église (✝ 115).

On le fête en Orient le 20 Décembre.
Antioche connaissait une communauté Chrétienne importante et très dynamique. N'est-ce pas là que, pour la première fois, les disciples de Jésus furent appelés Chrétiens?
A la fin du 1er siècle, leur Évêque s'appelle Ignace.
Le gouverneur Pline le Jeune arrête les plus déterminés et Saint Ignace est l'un d'eux. Arrêté, il est condamné à être dévoré par les fauves durant les fêtes romaines.

Nous avons les lettres qu'il écrivit aux diverses communautés Chrétiennes durant le voyage qui le conduisit à Rome.
Elles sont poignantes dans leur confession d'une Foi inébranlable, pour la joie qu'elles expriment et pour l'imitation de Jésus-Christ qu'elles proposent à tout Chrétien.
«Il n'y a plus en moi de feu pour aimer la matière, mais une eau vive qui murmure et dit en moi: 'Viens vers Le Père'.»

Mémoire de Saint Ignace, Évêque et martyr. Disciple de l’Apôtre Saint Jean, il dirigea l’Église d’Antioche, le second après Saint Pierre et, condamné aux bêtes sous l’empereur Trajan, il fut conduit à Rome en 107.
En cours de route, alors qu’il subissait la férocité de ses gardiens, tels des léopards, il écrivit sept lettres, à diverses Églises, pour exhorter les frères à servir Dieu dans l’unité avec leur Évêque et à ne pas l’empêcher d’être immolé en victime pour Le Christ.

Martyrologe romain

Que je devienne donc la pâture des bêtes. C’est par elles qu’il me sera donné d’aller jusqu’à Dieu.
Je suis le froment de Dieu. Que je sois donc moulu par les dents des bêtes pour devenir le pain immaculé du Christ.
Saint Ignace - Lettre aux Romains.

Sant ignazio di antiochia g 2http://levangileauquotidien.org/main.php?language=FR&module=saintfeast&localdate=20171017&id=7330&fd=0

 Saint Ignace
Patriarche d'Antioche, Évêque et martyr
Docteur de l'Église
(† v. 115)

Certains auteurs assurent qu'Ignace fut ce petit enfant que Notre-Seigneur plaça au milieu des apôtres lorsque, pour leur donner une leçon d'humilité, Il leur dit : « Si vous ne devenez semblables à de petits enfants, vous n'entrerez jamais dans le royaume des Cieux ».

Ce qui est certain, c'est qu'il était un familier des premiers disciples du Sauveur, disciple lui-même de saint Jean, l'apôtre bien-aimé.

Ignace fut un grand évêque, un homme d'une rare sainteté ; mais sa gloire est surtout son martyre. Conduit devant l'empereur Trajan, il subit un long interrogatoire :

« C'est donc toi, vilain démon, qui insultes nos dieux?
-- Nul autre que vous n'a jamais appelé Théophore un mauvais démon.
-- Qu'entends-tu par ce mot Théophore ? 
-- Celui qui porte Jésus-Christ dans son cœur.
-- Crois-tu donc que nous ne portons pas nos dieux dans notre cœur ?
-- Vos dieux ! Ce ne sont que des démons ; il n'y a qu'un Dieu Créateur, un Jésus-Christ, Fils de Dieu, dont le règne est éternel.
-- Sacrifie aux dieux, je te ferai pontife de Jupiter et père du Sénat.
-- Tes honneurs ne sont rien pour un Prêtre du Christ. »

Trajan, irrité, le fait conduire en prison. « Quel honneur pour moi, Seigneur, s'écrie le martyr, d'être mis dans les fers pour l'Amour de Vous ! » et il présente ses mains aux chaînes en les baisant à genoux.

L'interrogatoire du lendemain se termina par ces belles paroles d'Ignace : « Je ne sacrifierai point ; je ne crains ni les tourments, ni la mort, parce que j'ai hâte d'aller à Dieu. »

Condamné aux bêtes, il fut conduit d'Antioche à Rome par Smyrne, Troade, Ostie.

Son passage fut partout un triomphe ; il fit couler partout des larmes de douleur et d'admiration :
« Je vais à la mort avec joie, pouvait-il dire. Laissez-moi servir de pâture aux lions et aux ours.

Je suis le froment de Dieu ; il faut que je sois moulu sous leurs dents pour devenir un pain digne de Jésus-Christ. Rien ne me touche, tout m'est indifférent, hors l'espérance de posséder mon Dieu.

Que le feu me réduise en cendres, que j'expire sur le gibet d'une mort infâme ; que sous la dent des tigres furieux et des lions affamés tout mon corps soit broyé ; que les démons se réunissent pour épuiser sur moi leur rage : je souffrirai tout avec joie, pourvu que je jouisse de Jésus-Christ. »

Saint Ignace, dévoré par un lion, répéta le nom de Jésus jusqu'au dernier soupir. Il ne resta de son corps que quelques os qui furent transportés à Antioche.

4208513651 e419132b7a 2Pour approfondir, lire la Catéchèse du Pape Benoît XVI :
>>> Saint Ignace d'Antioche
[Allemand, Anglais, Croate, Espagnol, Français, Italien, Portugais]

BENOÎT XVI

AUDIENCE GÉNÉRALE

Mercredi 14 Mars 2007

Saint Ignace d'Antioche

Chers frères et sœurs!

Comme nous l'avons déjà fait mercredi, nous parlons des personnalités de l'Église naissante. La semaine dernière, nous avons parlé du Pape Clément I, troisième Successeur de Saint Pierre.

Aujourd'hui, nous parlons de Saint Ignace, qui a été le troisième Évêque d'Antioche, de 70 à 107, date de son martyre.

A cette époque, Rome, Alexandrie et Antioche étaient les trois grandes métropoles  de l'empire  romain.

Le Concile de Nicée parle de trois "primats": celui de Rome, mais Alexandrie et Antioche également participent, d'une certaine manière, à un "primat". Saint Ignace était Évêque d'Antioche, qui se trouve aujourd'hui en Turquie.

Là, à Antioche, comme nous l'apprenons des Actes des Apôtres, se développa une communauté Chrétienne florissante:  le premier Évêque fut l'apôtre Pierre - c'est ce que nous rapporte la tradition - et là, "pour la première fois, les disciples reçurent le nom de Chrétiens" (Ac 11, 26).

Eusèbe de Césarée, un historien du IV siècle, consacre un chapitre entier de son Histoire ecclésiastique à la vie et à l'œuvre littéraire d'Ignace (3, 36).

"De Syrie", écrit-il, "Ignace fut envoyé à Rome pour être livré en pâture aux bêtes sauvages, à cause du témoignage qu'il avait rendu du Christ.

En accomplissant son voyage à travers l'Asie, sous la surveillance sévère des gardes" (qu'il appelle les "dix léopards" dans sa Lettre aux Romains, 5, 1), "dans toutes les villes où il s'arrêtait, à travers des prédications et des avertissements, il renforçait les Églises; et surtout, il exhortait, avec la plus grande vigueur, à se garder des hérésies, qui commençaient alors à se multiplier, et recommandait de ne pas se détacher de la Tradition apostolique".

La première étape du voyage d'Ignace vers le martyre fut la ville de Smyrne, où était Évêque Saint Polycarpe, disciple de Saint Jean.

Ici, Ignace écrivit quatre lettres, respectivement  aux  Églises  d'Éphèse, de Magnésie, de Tralles et de Rome.

"Parti de Smyrne", poursuit Eusèbe "Ignace arriva à Troade, et de là, envoya de nouvelles lettres": deux aux Églises de Philadelphie et de Smyrne, et une à l'Évêque Polycarpe.

Eusèbe complète ainsi la liste des lettres, qui nous sont parvenues de l'Église du premier siècle comme un trésor précieux.

En lisant ces textes, on sent la fraîcheur de la Foi de la génération qui avait encore connu les Apôtres.

On perçoit également dans ces lettres l'Amour ardent d'un Saint. Enfin, de Troade, le martyr arriva à Rome où, dans l'amphithéâtre Flavien, il fut livré aux bêtes féroces.

Aucun Père de l'Église n'a exprimé avec autant d'intensité qu'Ignace l'ardent désir d'union avec Le Christ et de vie en Lui.

C'est pourquoi nous avons lu le passage de l'Évangile sur la vigne qui, selon l'Évangile de Jean, est Jésus.

En réalité, en Ignace confluent deux "courants" spirituels: celui de Paul, entièrement tendu vers l'union avec Le Christ, et celui de Jean, concentré sur la vie en Lui.

A leur tour, ces deux courants débouchent sur l'imitation du Christ, proclamé plusieurs fois par Ignace comme "mon" ou "notre Dieu".

Ainsi, Ignace supplie les Chrétiens de Rome de ne pas empêcher son martyre, car il est impatient d'être "uni au Christ".

Et il explique: "Il est beau pour moi de mourir en allant vers (eis) Jésus Christ, plutôt que de régner jusqu'aux confins de la terre. Je le cherche Lui, qui est mort pour moi, je le veux Lui, qui est Ressuscité pour moi...

Laissez-moi imiter la Passion de Mon Dieu!" (Romains 5, 6). On peut saisir dans ces expressions ardentes d'Amour le "réalisme" Christologique prononcé, typique de l'Église d'Antioche, plus que jamais attentive à l'incarnation du Fils de Dieu et à son humanité véritable et concrète: Jésus Christ, écrit Ignace aux Smyrniotes, "est réellement de la  souche  de  David", "il  est  réellement né d'une vierge", "il fut réellement cloué pour nous" (1, 1).

L'irrésistible aspiration d'Ignace vers l'union au Christ donne naissance à une véritable "mystique de l'unité".

Lui-même se définit comme "un homme auquel est confié le devoir de l'unité" (Philadelphiens, 8, 1).

Pour Ignace, l'unité est avant tout une prérogative de Dieu qui, existant dans trois personnes, est Un dans l'unité absolue.

Il répète souvent que Dieu est unité, et que ce n'est qu'en Dieu que celle-ci se trouve à  l'état pur  et originel.

L'unité à réaliser sur cette terre de la part des Chrétiens n'est qu'une imitation, la plus conforme possible à l'archétype Divin.

De cette façon, Ignace arrive à élaborer une vision de l'Église qui rappelle de près certaines des expressions de la Lettre aux Corinthiens de Clément l'Évêque de Rome.

"Il est bon pour vous", écrit-il par exemple aux Chrétiens d'Éphèse, "de procéder ensemble en accord avec la pensée de l'Évêque, chose que vous faites déjà.

En effet, votre collège des Prêtres, à juste titre célèbre, digne de Dieu, est si harmonieusement uni à l'Évêque comme les cordes à la cithare.

C'est pourquoi Jésus Christ est chanté dans votre concorde et dans votre amour symphonique. Et ainsi, un par un, vous devenez un chœur, afin que dans la symphonie de la concorde, après avoir pris le ton de Dieu dans l'unité, vous chantiez d'une seule voix" (4, 1-2).

Et après avoir recommandé aux Smyrniotes de ne "rien entreprendre qui concerne l'Église sans l'Évêque" (8, 1), confie à Polycarpe: "J'offre ma vie pour ceux qui sont soumis à l'Évêque, aux Prêtres et aux diacres.

Puissé-je avec eux être uni à Dieu. Travaillez ensemble les uns pour les autres, luttez ensemble, courez ensemble, souffrez ensemble, dormez et veillez ensemble comme administrateurs de Dieu, ses assesseurs et ses serviteurs.

Cherchez à plaire à Celui pour lequel vous militez et dont vous recevez la récompense. Qu'aucun de nous ne soit jamais surpris déserteur. Que votre Baptême demeure comme un bouclier, la Foi comme un casque, la Charité comme une lance, la Patience comme une armure" (6, 1-2).

D'une manière générale, on peut percevoir dans les Lettres d'Ignace une sorte de dialectique constante et féconde entre les deux aspects caractéristiques de la Vie Chrétienne: d'une part, la structure hiérarchique de la communauté ecclésiale, et de l'autre, l'unité fondamentale qui lie entre eux les fidèles dans Le Christ.

Par conséquent, les rôles ne peuvent pas s'opposer. Au contraire, l'insistance sur la communauté des croyants entre eux et avec leurs pasteurs est continuellement reformulée à travers des images et des analogies éloquentes:  la cithare, la corde, l'intonation, le concert, la symphonie.

La responsabilité particulière des Évêques, des Prêtres et des diacres dans l'édification de la communauté est évidente.

C'est d'abord pour eux que vaut l'invitation à l'amour et à l'unité. "Ne soyez qu'un", écrit Ignace aux Magnésiens, en reprenant la Prière de Jésus lors de la Dernière Cène: "Une seule supplique, un seul esprit, une seule espérance dans l'amour; accourez tous à Jésus Christ comme à l'unique temple de Dieu, comme à l'unique autel; il est un, et procédant du Père unique, il est demeuré uni à Lui, et il est retourné à Lui dans l'unité" (7, 1-2).

Ignace, le premier dans la littérature Chrétienne, attribue à l'Église l'adjectif de "Catholique", c'est-à-dire "universelle": "Là où est Jésus Christ", affirme-t-il, "là est l'Église Catholique" (Smyrn. 8, 2).

Et c'est précisément dans le service d'unité à l'Église Catholique que la communauté Chrétienne de Rome exerce une sorte de primat dans l'Amour: "A Rome, celle-ci préside, digne de Dieu, vénérable, digne d'être  appelée  bienheureuse...

Elle préside à la Charité, qui reçoit du Christ  la Loi et porte le nom du Père" (Romains, prologue).

Comme on le voit, Ignace est véritablement le "docteur de l'unité": unité de Dieu et unité du Christ (au mépris des diverses hérésies qui commençaient à circuler et divisaient l'homme et Dieu dans Le Christ), unité de l'Église, unité des fidèles "dans la Foi et dans la Charité, par rapport auxquelles il n'y a rien de plus excellent" (Smyrn. 6, 1).

En définitive, le "réalisme" d'Ignace invite les fidèles d'hier et d'aujourd'hui, il nous invite tous à une synthèse progressive entre la configuration au Christ (union avec Lui, vie en Lui) et le dévouement à son Église (unité avec l'Évêque, service généreux de la communauté et du monde).

Bref, il faut parvenir à une synthèse entre communion de l'Église à l'intérieur d'elle-même et mission proclamation de l'Évangile pour les autres, jusqu'à ce que, à travers une dimension, l'autre parle, et que les croyants soient toujours davantage "dans la possession de l'esprit indivis, qui est Jésus Christ Lui-même" (Magn. 15).  

En  implorant du Seigneur cette "grâce de l'unité", et dans la conviction de présider à la Charité de toute l'Église (cf. Romains, prologue), je vous adresse le même souhait que celui qui conclut la lettre d'Ignace aux Chrétiens de Tralles: "Aimez-vous l'un l'autre avec un cœur non divisé. Mon esprit s'offre en Sacrifice pour vous, non seulement à présent, mais également lorsqu'il aura rejoint Dieu...

Dans Le Christ, puissiez-vous être trouvés sans tache" (13). Et nous prions afin que le Seigneur nous aide à atteindre cette unité et à être enfin trouvés sans tache, car c'est l'Amour qui purifie les âmes.

* * *

Je salue cordialement les pèlerins de langue française, en particulier les jeunes, les Petites Sœurs de Jésus en session de renouveau et les membres de l’Association internationale des Charités contre les pauvretés.

Je vous invite à trouver dans l’unité entre vous le dynamisme et la force pour témoigner de l’Amour du Christ. Avec ma Bénédiction apostolique.

Im3896http://www.abbaye-saint-benoit.ch/voragine/tome01/038.htm
La Légende dorée du Bienheureux Jacques de Voragine nouvellement traduite en français avec introduction, notices, notes et recherches sur les sources par l'abbé J.-B. M. Roze, chanoine honoraire de la Cathédrale d'Amiens, Édouard Rouveyre, éditeur, 76, rue de Seine, 76, Paris mdccccii

SAINT IGNACE

Ignace est ainsi nommé, de ignem patiens, c'est-à-dire qu'il a enduré le feu de l’Amour Divin.

Saint Ignace fut disciple de Saint Jean et Évêque d'Antioche. On dit qu'il adressa à la Sainte Vierge une lettre conçue en ces termes:
« A Marie Porte-Christ, Ignace son dévoué. Vous avez dû fortifier et consoler en moi le néophyte et le disciple de votre Jean. J'ai appris en effet de votre Jésus des choses admirables à dire, et j'ai été stupéfait en les entendant.
Or, j'attends de vous, qui avez toujours été unie d'amitié avec lui, et qui étiez de tous ses secrets, que vous m’assuriez la vérité de tout ce que j'ai entendu. »
Une autre leçon ajoute ce qui suit: « Je vous ai déjà écrit plusieurs fois, et vous ai demandé des explications.
Adieu, et que les néophytes qui sont avec moi reçoivent force de vous, par vous et en vous.»

Alors la bienheureuse Vierge Marie, mère de Dieu, lui répondit: « A Ignace, son disciple chéri, l’humble servante de Jésus-Christ.
Les choses que vous avez apprises et entendues de Jean, touchant Jésus, sont vraies ; croyez-les, étudiez-les, attachez-vous fermement à ce que vous avez promis à Jésus-Christ, et conformez-y vos mœurs et votre vie.
Je viendrai avec Jean, vous voir et ceux qui sont avec vous. Soyez ferme et agissez avec les principes de la Foi, pour 'que la violence de la persécution ne vous ébranle pas, mais que votre esprit soit fort et, ravi en Dieu voire sauveur; ainsi soit-il » *.
* Ces deux lettres sont-elles authentiques? Les auteurs anciens disent oui, les modernes disent non. Ce qu'il y a de certain c'est qu'elles remontent à une très haute antiquité.

Or, Saint Ignace jouissait d'une autorité si grande que Denys lui-même, le disciple de l’apôtre Saint Paul, qui fut si profond en philosophie et si accompli dans la science divine, citait les paroles de Saint Ignace comme une autorité, pour prouver ce qu'il avançait.
En son livre des Noms divins, il rapporte que quelques-uns voulaient rejeter le nom d'amour en disant que dans les choses divines il y avait plutôt dilection qu'amour; il dit, en voulant montrer que ce mot d'Amour devait être employé en tout dans les choses divines :

« Le divin Ignace a écrit : Mon amour a été crucifié. » On lit dans l’Histoire tripartite (Liv. X, ch. IX.) que Saint Ignace entendît les anges chanter des Antiennes sur- une montagne, et dès lors il ordonna qu'on chanterait dés Antiennes dans l’église et qu'on entonnerait des Psaumes sur les Antiennes.
Après avoir longuement prié le Seigneur pour la paix de l’église, Saint Ignace redoutant le péril, non pour lui, mais pour les faibles, alla au-devant de l’empereur Trajan, qui commença à régner l’an 100, alors qu'à son retour, après une victoire, il menaçait de mort tous les Chrétiens; il déclara ouvertement qu'il était lui-même Chrétien.

Trajan le fit charger de chaînes, le confia à dix soldats et ordonna de le conduire à Rome en le menaçant de, le jeter en pâture aux bêtes.
Or, pendant le trajet, Ignace préparait des lettres, destinées à toutes les Églises et, les confirmait dans la Foi de Jésus-Christ.
Il y en avait une pour l’Église de Rome, ainsi que le rapporte l’Histoire ecclésiastique, dans laquelle il priait qu'on ne fit rien pour, empêcher son martyre.

Voici ses paroles: « De la Syrie jusqu'à Rome, je combats avec les bêtes par mer et par terre, le jour et la nuit, lié et attaché au milieu de dix léopards (ce sont les soldats qui, me gardent), dont la cruauté augmente en raison du bien que je leur fais: mais leur cruauté est mon instruction.
O bêtes salutaires, qui me sont réservées ! Quand viendront-elles ? Quand seront-elles lâchées ? Quand leur sera-t-il permis de se nourrir de mes chairs ?
Je les inviterai à me dévorer, je les prierai pour qu'elles ne craignent pas de toucher mon corps, comme elles l’ont fait à d'autres.
Je ferai plus, si elles tardent trop, je leur ferai violence, je me mettrai dans leur gueule.

Pardonnez-moi, je vous prie ; je sais ce qui m’est avantageux. Qu'on réunisse contre moi le feu, les croix, les bêtes, que mes os soient broyés, que tous les membres de mon corps soient mis en pièces, que tous les tourments inventés par le diable soient amassés sur moi, pourvu que je mérite d'être uni à Jésus-Christ. »
Arrivé à Rome et amené devant Trajan, cet empereur lui dit: « Ignace, pourquoi fais-tu révolter Antioche et convertis-tu mon peuple à la Chrétienté? »
Ignace lui répondit : « Plût à Dieu que je puisse te convertir aussi, afin que tu jouisses toujours d'une autorité inébranlable. »
Trajan lui dit : « Sacrifie à mes Dieux et tu seras le premier de tous les prêtres. »
Ignace répondit: Je ne sacrifierai point à tes dieux, et je n'ambitionne pas la dignité que tu m’offres. Tu pourras faire de moi tout ce que tu veux, mais jamais tu ne me changeras. »
« Brisez-lui les épaules, reprit Trajan, avec des fouets plombés, déchirez-lui les côtés et frottez ses blessures avec des pierres aiguës. »

Il resta immobile au milieu de tous les tourments, et Trajan dit ; «Apportez des charbons ardents, et faites-le marcher dessus les pieds nus.»
Ignace lui dit : «Ni le feu ardent, ni l’eau bouillante ne pourront éteindre en moi la Charité de J-C. »
Trajan ajouta « C'est maléfice cela, de ne point céder après de pareilles tortures. »

Ignace lui répondit: « Nous autres Chrétiens, nous n'usons pas de maléfices, puisque dans notre loi, nous devons ôter la vie aux enchanteurs c'est vous, au contraire, qui usez de maléfices, vous qui adorez des idoles.»
Trajan reprit; « Déchirez-lui le dos avec des ongles de fer, et mettez du sel dans ses plaies. » Ignace lui dit : « Les souffrances de la vie présente n'ont point de proportion avec la gloire à venir. »
Trajan insista: « Enlevez-le, attachez-le avec des chaînes de fer à un poteau, gardez-le au fond d'un cachot, laissez-le sans boire ni manger et dans trois jours, donnez-le à dévorer aux bêtes. »
Le troisième jour donc étant venu, l’Empereur, le Sénat et tout le peuple s'assemblèrent pour voir l’Évêque d'Antioche combattre les bêtes, et Trajan dit :
« Puisque Ignace est superbe et contumace, liez-le et lâchez deux lions sur lui afin qu'il ne reste rien de sa personne. »
Alors Saint Ignace dit au peuple présent : « Romains, qui assistez à ce spectacle, je n'ai pas travaillé pour rien.
Si je souffre, ce n'est pas pour avoir commis des crimes, mais c'est pour ma piété envers Dieu. »
Ensuite il se mit à dire, ainsi que le rapporte l’Histoire ecclésiastique : « Je suis le froment de J.-C., je serai moulu par les dents des bêtes afin de devenir un pain pur. »
En entendant ces mots, l’empereur dit: « La patience des chrétiens est grande; quel est celui des Grecs qui en endurerait autant pour son Dieu ? »

Ignace répondit : « Ce n'a pas été par ma vertu, mais avec l’aide de Dieu que j'ai supporté ces tourments.»
Alors Saint Ignace provoqua les lions pour qu'ils accourussent le dévorer. Deux lions furieux accoururent donc et ne firent que l’étouffer sans toucher aucunement sa chair.
Trajan, à cette vue, se retira dans une grande admiration en donnant l’ordre de ne pas empêcher que l’on vint enlever les restes du martyr.
C'est pourquoi les chrétiens prirent son corps et l’ensevelirent avec honneur.

Quand Trajan eut reçu une lettre, par laquelle Pline le jeune recommandait vivement les Chrétiens que l’empereur immolait, il fut affligé, de ce qu'il avait fait endurer à Ignace, et ordonna qu'on ne recherchât plus les Chrétiens, mais que s'il en tombait quelqu'un entre les mains de la justice, il fût puni.

On lit encore que Saint Ignace, au milieu de tant de tourments, ne cessait d'invoquer le nom de J.-C.
Comme ses bourreaux lui demandaient pourquoi il répétait si souvent ce nom, il dit : « Ce nom, je le porte écrit dans mon cœur ; c'est la raison pour laquelle je ne puis cesser de l’invoquer. »
Or, après sa mort, ceux qui l’avaient entendu parler ainsi voulurent s'assurer du fait; ils ôtent donc son cœur de son corps, le coupent en deux, et trouvent ces mots gravés en lettres d'or au milieu : « J.-C. »
Ce qui donna la Foi à plusieurs.
Saint Bernard parle ainsi de ce Saint, dans son commentaire sur le Psaume : Qui habitat. « Le grand Saint Ignace fut l’élève du disciple que Jésus aimait ; il fut martyr aussi et ses précieuses reliques enrichirent notre pauvreté.
Dans plusieurs lettres qu'il adressa à Marie, il la salue du nom de Porte-Christ : c'est un bien grand titre de dignité et une recommandation d'un immense honneur! »

1nouvel0 ignace plus a64ea 85e7a 2

http://missel.free.fr/Sanctoral/10/17.php.

Historique

Vers l’an 34, des Chrétiens de Jérusalem, fuyant la persécution, entraient à Antioche, capitale de la province romaine de Syrie et troisième ville de l'Empire, après Rome et Alexandrie, par une belle route, pavée de pierres et sur quatre kilomètres bordée de colonnes, construite par le roi Hérode.

« Quelques-uns d'entre eux, citoyens de Chypre et de Cyrène, arrivés à Antioche, commencèrent à parler aussi aux Grecs, prêchant la Bonne Nouvelle du Seigneur Jésus.

Et la main du Seigneur était avec eux, et ainsi une grande multitude crut et se convertit au Seigneur.

La nouvelle parvint aux oreilles de l'Église de Jérusalem, laquelle envoya Barnabé à Antioche.[1] »

On était en l'an 37 : « Quand il arriva et vit la grâce du Seigneur, il se réjouit.[2] » Barnabé, un homme fort et cordial, après avoir exhorté les Chrétiens « à persévérer d'un cœur résolu dans le Seigneur », était allé à Tarse pour rejoindre Paul qui l'emmena à Antioche où « ils restèrent ensemble une année entière et enseignèrent de grandes foules.

A Antioche, disent encore les Actes des Apôtres, pour la première fois les disciples furent appelés Chrétiens. »

La nouvelle communauté devint presque plus grande et plus importante que celle de Jérusalem qu’elle aidera dix ans plus tard, après quoi, Pierre lui-même en prit la tête qu’il laissa à Hévodius, à qui, vers 70 succéda Ignace.

Lorsqu'il fut élu Évêque, Ignace n'avait probablement pas plus de trente ans, et, outre Antioche, il était également responsable de l'Église de Syrie et de Cilicie.

Sans doute natif d'Antioche, Ignace est peut-être le fils de deux des premiers convertis, à moins que, né dans une famille païenne il se soit converti très jeune au contact des Chrétiens de la métropole. En tous cas, il habitait dans cette ville régulièrement fréquentée par Pierre, Paul et d'autres Apôtres et qu'assurément il les connut.

Après avoir gouverné pendant au moins trois décennies, l’Église d’Antioche, il fut arrêté dans des circonstances étranges, puisque après la mort de Domitien [3], l'Eglise bénéficiait d’une courte période de paix.

C’est à cette époque que, de Bithynie, sur la Mer noire, Pline le Jeune [4], gouverneur entre 111 et 113, écrivit à Trajan une lettre qui est le plus ancien document officiel connu sur les rapports entre les Chrétiens et l'Empire romain ; Pline demandait comment il fallait se comporter avec les Chrétiens, et il rapportait avoir interrogé deux femmes Chrétiennes et les avoir soumises à la torture : « Je n'ai rien trouvé d'autre, écrit-il, qu'une superstition méchante et effrénée. »

Trajan répondit qu'il ne fallait pas pourchasser les Chrétiens (conquirendi non sunt), mais qu'en cas de dénonciation privée, non anonyme, ils devaient être condamnés.

Ignace fut précisément l’objet d'une dénonciation qui émanait de citoyens poussés par la haine.

Il fut donc arrêté et, ayant avoué être Chrétien, il fut enchaîné et envoyé à Rome, sous la garde d'une féroce escorte militaire, pour y subir l'exécution capitale.

Le voyage, par mer et par terre, fut pour lui et ses compagnons une Via Crucis : « Je lutte contre des animaux féroces, je suis enchaîné à dix léopards, un groupe de soldats qui deviennent de plus en plus méchants même s'ils reçoivent des bénéfices.

En somme, je suis instruit au mieux sous leurs injustices.[5] » Mais, malgré eux, cela devint chemin faisant un extraordinaire voyage apostolique, qui confirma dans la Foi toutes les communautés Chrétiennes du bassin méditerranéen.

Le bateau sur lequel Ignace était enchaîné fit une longue escale à Smyrne où les chrétiens, guidés par Saint Polycarpe [6], accueillirent des fidèles de toutes les communautés environnantes (Ephèse, Magnésie, Tralle) qui voulaient rencontrer Ignace, lui dire leur affection, l'écouter.

Ignace leur écrivit et leur remit trois lettres de remerciement pour leurs communautés. Il écrira aussi aux frères de Rome, où l'attendait le martyre.

Après Smyrne, le bateau fait escale à Troade d’où il écrivit aux communautés de Philadelphie et de Smyrne, et aussi à Polycarpe.

Ces lettres constituent l'un des plus anciens témoignages sur la vie des premiers Chrétiens. « Vous êtes tous des compagnons de route (...) qui avez Jésus-Christ parmi vous. (...) Avec vous je suis dans l'allégresse.

Priez sans cesse pour les autres hommes. Car il y a pour eux l'espoir du repentir. (...) Soyez leurs frères (...) demeurez en Jésus-Christ dans la chair et dans l'esprit. Où est le sage ? Où est le débatteur ? Car notre Dieu, Jésus-Christ, a été porté dans le sein de Marie, selon l'économie Divine, est né de la race de David et du Saint-Esprit (...)

Tous les astres étaient  troublés, se demandant d'où venait pareille nouveauté, si différente d'eux. Alors toute magie fut détruite, tout lien de malice aboli, l'ignorance fut dissipée, l'ancien pouvoir ruiné, quand Dieu apparut sous forme humaine pour une nouveauté de vie éternelle : ce qui avait été décrété par Dieu commençait à se réaliser. Ainsi tout était troublé, parce que la destruction de la mort se préparait.[7] »

Evêque de la première métropole païenne touchée par le Christianisme, Ignace exhorte sans se lasser les chrétiens à fuir les hérésies qui, déjà à cette époque, menaçait les communautés : « Il faut les éviter, comme des bêtes sauvages. Ce sont des chiens enragés qui mordent furtivement.

Vous devez vous en garder, car leurs morsures sont difficiles à guérir. Il n'y a qu'un seul médecin, charnel et spirituel, engendré et non créé, venu dans la chair, vie véritable dans la mort, né de Marie et né de Dieu, d'abord susceptible de souffrir et maintenant impassible, Jésus-Christ notre Seigneur.[8] »

« Soyez donc sourds quand on vous parle d'autre chose que de Jésus-Christ, de la lignée de David, né de Marie, qui est vraiment né, qui a mangé et qui a bu, qui a vraiment été persécuté sous Ponce Pilate, qui a vraiment été Crucifié, et qui est mort, devant le Ciel, la Terre et les enfers, et puis qui est vraiment Ressuscité d'entre les morts. (...) 

Car si, comme le soutiennent certains athées, à savoir des infidèles, il n'a souffert qu'en apparence - alors eux-mêmes n'existent qu'en apparence, et moi, pourquoi suis-je ici enchaîné ?

Pourquoi donc désirer combattre contre les bêtes sauvages ? C'est donc pour rien que je me livre à la mort. (...) Fuyez donc ces mauvaises plantes parasites : elles donnent un fruit qui tue.[9] »

La plus bouleversante de ses lettres est assurément celle qu’il écrivit de Smyrne à la communauté de Rome ; il y souligne que l'Eglise de Rome préside à la pureté de la Foi et de la Charité ; Comme c'était aussi une Eglise capable de trouver des appuis jusque dans la maison de César (à vous il est facile de faire ce que vous voulez), Ignace l’implorait de ne rien faire pour lui, parce qu'il désirait offrir sa vie : « Je suis pour vous un rachat ; il ne lui demandait qu’une seule : Priez pour que je sois un vrai Chrétien, car le Christianisme n'est pas une affaire d'éloquence humaine, mais une œuvre de puissance, quand il est haï par le monde. »

Ignace est enthousiaste de pouvoir mener cette ultime bataille pour Jésus-Christ. Mais, avec beaucoup d'humanité, il avoue aussi sa faiblesse devant ce qui l'attend : « Priez pour moi, pour que je surmonte l'épreuve car je suis encore en danger. »

Arrivé à Rome dans les chaînes, Ignace ne manqua pas l'épreuve : conduit dans le cirque, il fut déchiré par les bêtes féroces.

 

Epître de St Ignace aux Romains

Ignace, appelé aussi Théophore, à l'Église, objet de la Miséricorde et de la munificence du Père très haut et de Jésus-Christ, son Fils unique ; à cette Eglise aimée de Dieu et illuminée par la volonté de celui qui a voulu tout ce qui existe, en vertu de la charité de Jésus-Christ, notre Dieu ; à l'Église qui préside dans la capitale des Romains, sainte, vénérable, bienheureuse, digne d'éloges et de succès, à l'Église toute pure qui préside à la charité et qui a reçu la loi du Christ et le nom du Père : salut, au Nom de Jésus-Christ, Fils du Père, aux fidèles attachés de corps et d’âme à tous ses commandements, remplis pour toujours de la grâce de Dieu, et pure de tout élément étranger, je souhaite une pleine et sainte allégresse en Jésus-Christ, Notre Dieu.

1. A force de prières, j'ai obtenu de voir vos saints visages ; J'ai même reçu de Dieu plus que je ne demandais : car c'est en qualité de prisonnier du Christ Jésus que j'espère vous saluer, si toutefois Dieu daigne me faire la grâce d'aller jusqu'au bout. L'affaire est bien engagée : puissé-je, avec la grâce de Dieu, entrer sans obstacle en possession du lot qui m'est échu ! Je crains que votre charité ne me soit dommageable. Car il vous est facile, à vous, de faire ce que vous voulez, mais il me sera difficile, à moi, d'arriver à Dieu, si vous n'avez pas pitié de moi.

2. Ce n'est pas la faveur des hommes que je veux vous voir rechercher, mais celle de Dieu, qui d'ailleurs vous est acquise. Jamais je ne retrouverai une pareille occasion d'aller à Dieu, et vous, vous ne sauriez attacher votre nom à une meilleure œuvre qu'en vous tenant tranquilles. Votre silence à mon sujet fera de moi  une parole de Dieu ; mais si vous aimez trop ma chair, je ne serai plus qu'une voix ordinaire. Je ne vous demande qu'une chose : c'est de laisser offrir à Dieu la libation de mon sang, tandis que l'autel est encore prêt : alors, réunis tous en chœur par la charité, vous pourrez chanter dans Le Christ Jésus, une hymne à Dieu Le Père, pour avoir daigné faire venir l'évêque de Syrie du levant au couchant. Il est bon, en effet, de me coucher du monde en Dieu, pour me lever en Lui.

3. Vous n'avez jamais porté envie à personne, vous avez donné à d'autres les enseignements : eh bien ! Ce que je veux, c'est précisément la mise en pratique de vos leçons et de vos préceptes. Contentez-vous de demander pour moi la force intérieure et extérieure, pour que je sois chrétien, non seulement de bouche, mais de cœur, non seulement de non, mais de fait. Car si je me montre chrétien de fait, je mériterai aussi ce nom, et c'est quand j'aurai disparu de ce monde que ma foi apparaîtra avec le plus d’éclat. Rien de ce qui se voit n'est bon : même notre Dieu, Jésus-Christ, ne s'est jamais mieux manifesté que depuis qu'il est retourné au sein de son Père. Le Christianisme, quand il est en butte à la haine du monde, n'est plus objet de persuasion humaine, mais œuvre de puissance Divine.

4. J'écris à toutes les églises : je mande à tous que je mourrai de grand cœur pour Dieu, si vous ne m'en empêchez. Je vous en conjure, épargnez-moi une bienveillance intempestive. Laissez-moi devenir la pâture des bêtes : c'est par elles qu'il me sera donné d'arriver à Dieu. Je suis le froment de Dieu, et je suis moulu par la dent des bêtes, pour devenir le pain immaculé du Christ. Caressez-les plutôt, afin qu'elles soient mon tombeau, et qu'elles ne laissent rien subsister de mon corps. Les funérailles ne seront ainsi à charge à personne. C'est quand le monde ne verra même plus mon corps, que je serai un véritable disciple de Jésus-Christ. Priez Le Christ de daigner faire de moi, par la dent des fauves, une victime pour Dieu. Je ne vous donne pas des ordres, comme Pierre et Paul : ils étaient des Apôtres, et moi je ne suis qu'un condamné, ils étaient libres, et moi, jusqu'à présent,  je suis esclave ; mais la mort fera de moi un affranchi de Jésus-Christ en qui je ressusciterai libre. Pour le moment j'apprends dans les fers à ne rien désirer.

5. Depuis la Syrie jusqu'à Rome, sur terre et sur mer, de nuit et de jour, je combats déjà entre les bêtes, enchaîné que je suis à dix léopards : je veux parler des soldats qui me gardent, et qui se montrent d'autant plus méchants qu'on leur fait plus de bien. Leurs mauvais traitements sont pour moi une école à laquelle je me forme tous les jours ; « mais je ne suis pas pour cela justifié. » Quand donc serai-je en face des bêtes qui m’attendent ! Puissent-elles se jeter aussitôt sur moi ! Au besoin je les flatterai, pour qu'elles me dévorent sur le champ, et qu'elles ne fassent pas comme pour certains, qu’elles ont craint de toucher. Que si elles y mettent du mauvais vouloir, je les forcerai. De grâce, laissez-moi faire : je sais, moi, ce qui m'est préférable. C'est maintenant que je commence à être un vrai disciple. Qu'aucune créature, visible ou invisible, ne cherche à me ravir la possession de Jésus-Christ ! Feu, croix, corps à corps avec les bêtes féroces, lacération, écartèlement, dislocation des os, mutilation des membres, broiement du corps entier : que les plus cruels supplices du diable tombent sur moi, pourvu que je possède enfin Jésus-Christ !

6. Que me servirait la possession du monde entier ? Qu’ai-je à faire des royaumes d'ici-bas ? Il m'est bien plus glorieux de mourir pour Le Christ Jésus, que de régner jusqu'aux extrémités de la terre. C"est lui que je cherche, ce Jésus qui est mort pour nous ! C’est lui que je veux, lui qui est Ressuscité à cause de nous ! Voici le moment où je vais être enfanté. De grâce, frères, épargnez-moi : ne m’empêchez pas de naître à la vie, ne cherchez pas ma mort. C'est à Dieu que je veux appartenir : ne me livrez pas au monde ni aux séductions de la matière. Laissez-moi arriver à la pure Lumière : c'est alors que je serai vraiment homme. Permettez-moi d'imiter la Passion de Mon Dieu. Si quelqu'un possède ce Dieu dans son cœur, que celui-là comprenne mes désirs, et qu'il compatisse, puisqu'il la connaît, à l'angoisse qui me serre.

7. Le prince de ce monde veut m'arracher à Dieu et altérer les sentiments que j'ai pour Lui. Spectateurs de la lutte, qu'aucun de vous n'aille prêter main-forte au démon ! Prenez plutôt parti pour moi, c'est-à-dire pour Dieu. N'ayez pas Jésus-Christ dans la bouche, et le monde dans le cœur. Loin de vous l'envie ! Si, quand je serai parmi vous, il m'arrive de vous supplier, ne m'écoutez pas ; faites plutôt ce que je vous écris aujourd'hui : car c'est en pleine vie que je vous exprime mon ardent désir de la mort. Mes passions terrestres ont été crucifiées, et il n'existe plus en moi de feu pour la matière ; il n'y a qu'une « eau vive », qui murmure au-dedans de moi et me dit : « Viens vers le Père! » Je ne prends p1us de plaisir à la nourriture corruptible ni aux joies de cette vie : ce que je veux, c'est « le pain le Dieu », ce pain qui est la chair de Jésus-Christ, « le fils de David »; et pour breuvage je veux son Sang, qui est l’Amour incorruptible.

8. Je ne veux plus vivre de cette vie terrestre. Or, la réalisation de mon vœu dépend de votre bonne volonté : montrez-en donc à mon égard, afin d'en trouver vous-mêmes à votre tour. Ces quelques mots vous transmettront ma prière : croyez à mes paroles. Jésus-Christ fera éclater à vos yeux la sincérité de mon cœur, lui, la bouche infaillible par laquelle le Père a vraiment parlé. Priez pour que je réussisse. Ce n'est pas la chair qui m’a dicté cette lettre, c'est l'esprit de Dieu. Mon martyre sera la preuve de votre bienveillance, et le refus de m'y admettre l'effet de votre haine.

9. Dans vos prières, souvenez-vous de l'Eglise de Syrie, qui, depuis mon départ, n’a plus que Dieu pour pasteur [10]. Elle n'aura d'autre évêque que Jésus-Christ et votre charité. Je rougis d'être compté parmi ses membres : je n'en suis pas digne, moi, le dernier d'entre eux, moi, un avorton. Mais, dans sa miséricorde, Dieu m'a fait la grâce d'être quelqu'un, si j'arrive à Lui. Mon esprit s'unit, pour vous saluer, aux charitables églises qui m'ont accueilli au nom de Jésus-Christ, non comme un simple passant ; car celles mêmes qui ne se trouvaient point sur mon passage, j'entends sur le passage de mon corps, allaient m'attendre à la ville la plus proche.

10. Je vous écris cette lettre de Smyrne par l'intermédiaire d'Éphésiens, dignes d’être appelés bienheureux. En compagnie de beaucoup d'autres, j'ai avec moi Crocus, dont la personne m'est bien chère. Quant à ceux qui m'ont précédé de Syrie à Rome pour la Gloire de Dieu, ils vous sont maintenant connus, je pense, annoncez-leur ma prochaine arrivée. Ils sont tous dignes de Dieu et dignes de vous. Il vous convient de les soulager dans tous leurs besoins. Je vous écris le neuvième jour avant les calendes de septembre [11]. Adieu, et courage jusqu'au bout à souffrir pour Jésus-Christ.

Lecture.
J'écris à toutes les Églises et j'annonce à tous que je meurs volontiers pour Dieu, pour autant que vous ne m'en empêchiez pas. Je vous prie de ne pas avoir pour moi de bienveillance inopportune. Laissez-moi être la nourriture des fauves, par lesquels il m'est possible de rejoindre Dieu. Je suis le grain de blé de Dieu, moulu par les dents des bêtes, pour devenir pain pur du Christ. Alors je serai vraiment disciple de Jésus Christ. Je ne vous commande pas comme Pierre et Paul. Ils étaient apôtres; je ne suis qu'un condamné. Ils étaient libres; je suis pour ma part un esclave. Mais si je souffre pour Dieu, je serai affranchi en Jésus Christ et je ressusciterai libre en lui. Mon éros a été crucifié et en moi ne brûle aucun feu pour les choses matérielles, mais une eau vive, qui parle en moi et me dit dans l'intimité: "Ignace, viens vers Le Père"
Ignace d'Antioche, Lettre aux Romains 4,1-3 et 7,2


Prière.
Seigneur Dieu,
Père de l'Église,
tu nous as donné en Ignace,
grain de blé moulu
pour devenir pain pur du Christ,
un imitateur de sa passion:
accorde-nous de nous réfugier dans l'Évangile
comme dans la chair de Jésus
et de vivre jusqu'au don de notre vie
la charité qui conduit à toi, ô Père,
béni pour les siècles des siècles.
Amen.

Commentaires (3)

1. Etienne Marie Therese (site web) 17/12/2013

Tres instructive, la vie de St Ignace d'Antioche

2. Tribie Margareth E. (site web) 17/12/2013

La vie de St Ignace d'Antioche[image][/image]

3. Tribie Margareth E. (site web) 17/12/2013

La vie de St Ignace d'Antioche[image][/image]

Ajouter un commentaire

Date de dernière mise à jour : 17/10/2017